IEDR_COUVEn 2011, près de 66 après sa disparition, Adolf Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Ce qu'il voit le consterne. Personne ne fait le salut nazi, beaucoup de personnes d'origine turque vivent dans ce pays et, pire, ont pignon sur rue. Il essaie donc de comprendre ce qui a pu se passer. Il est pris en affection par un marchand de journaux qui le confie à une équipe de production télévisuelle.

Très clairement, voilà un pitch qui ne peut pas laisser indifférent. C'est forcément très audacieux que de faire revivre Hitler aujourd'hui, ce garçon n'ayant pas forcément eu bonne presse, en particulier dans les années 40. De fait, l'auteur s'embarque sur un exercice périlleux pour ne pas dire casse-gueule puisqu'il s'agit de faire d'un méchant de l'Histoire un héros d'un livre, donc de le faire apprécier du lecteur, tout en racontant une histoire malgré les deux-trois saloperies qu'il a pu faire, toujours dans les années 40.

Le fait est que c'est réussi. Par cette histoire improbable et par le biais d'un humour acide et percutant, Timur Vermes réussit à construire une critique de plein de choses : société de consommation, médias (presse, télés), internet, politique et société en général. L'astuce de prendre un super-vilain comme héros et de jouer sur la méprise du quidam qui croit à un acteur permet justement de se permettre les choses les plus folles, les propos les plus odieux. Parce que, ne nous mentons pas, même après 66 ans de sommeil, Hitler n'a pas perdu ses théories d'élimination de certaines catégories de personnes ou ses rêves de Grande Allemagne.

Cependant, l'auteur a fait de son héros un personnage intelligent, astucieux et profitant des occasions qui lui sont offertes. Aussi, quand une équipe de télévision lui propose une chronique dans l'émission à succès du moment, il en profite pour lâcher les chevaux et balancer toute sa haine. Voyant un comédien et non le personnage historique, le spectateur rit à gorge déployée. La production, bien qu'à peine gênée aux entournures en remet une couche sur la promotion, trop contente de voir les retombées médiatique et l'emballement des "réseaux sociaux". C'est vraiment la force de cette histoire. Par une construction du scénario sans faille, Timur Vermes met le doigt où ça fait mal : délitement de la société vers un individualisme et une peur du voisin, mise en lumière exponentielle par les médias du moindre crétin qui parle un peu mieux ou un peu plus fort que les autres. 

On referme le livre sur une dernière scène où l'on rit, vraiment, mais où l'on rit jaune. Parce que, à titre personnel, je me dis que certaines personnes ne sont pas loin de penser ce qui se dit. Parce que la société tant politique que médiatique qui nous est proposée nous amène tranquillement dans le mur et tout le monde applaudit et demande à une accélération du mouvement. Si ce livre peut permettre d'éclairer le lecteur sur ce point tout en amenant quelques sourires, comme dirait Guillaume Gallienne, ça ne peut pas faire de mal. 

Texte © Alfie's mec, 2015.
Couverture : Il est de retour, Timur Vermes (trad. Pierre Deshusses), Éditions Belfond, 2014.