guerre des boutonsA Longeverne, il ne faut pas traiter les enfants du village. En tout cas, ceux de Velrans vont vite s'en souvenir. Derrière Camus, Lebrac, La Crique et Tintin, toute l'école se mobilise pour restaurer l'honneur bafoué... et augmenter le butin de guerre : des boutons...

Quand on réside en Franche-Comté et qu'on est une grosse lectrice, ne pas avoir La guerre des boutons à son actif relève presque du sacrilège ! (Tout comme ne pas avoir lu Hugo, né dans cette "vieille ville espagnole" qu'est Besançon, mais je compte y remédier prochainement !) Bon, je crois que j'avais du lire au moins le début dans ma jeunesse, il y a pas loin d'une vingtaine d'année, mais les souvenirs que j'en avais étaient bien maigres, voire inexistants. C'est donc quasiment vierge de tout souvenir que j'ai pris ma fronde pour partir batailler contre les Velrans.

Est-ce le fait de l'avoir lu à plus de trente ans, et en ayant perdu une partie de mon insouciance enfantine ? Mais en tout cas j'avoue que j'ai eu du mal à lire ce roman... Je l'ai trouvé longuet par moment, sans réel intérêt à d'autres, mais bien souvent violent. On parle de deux bandes d'écolier qui se chamaillent et tentent de récupérer des boutons, mais les scènes de capture des prisonniers m'ont semblé très sombres et très dures... Certes, les enfants sont loin d'être des enfants de coeur, on voit régulièrement des violences enfantines défrayer les chroniques, mais je n'imaginais pas qu'en 1912, ce type de pratiques existait déjà... Mon côté naïve sans doute...

Ceci dit, tout le bouquin n'est pas à jeter, loin de là. J'ai beaucoup aimé la verve et le langage utilisé par Pergaud dans son roman : il n'hésite pas à employer le patois du coin, quitte à poser par écrit un langage essentiellement oral, au détriment de la grammaire et de l'orthographe ! De même, la préparation et le festion étaient succulents pour moi aussi. J'ai beaucoup aimé ces enfants jouant aux adultes avec leurs faux cigares... Quitte à vomir toutes les sardines en rentrant chez eux !!! Au-delà de ces situations un peu comique, Pergaud en profite aussi pour dépeindre la société rurale d'alors, l'école de Jules Ferry et ses morales citoyennes, la place encore importante de l'Eglise...

Des enfants qui jouent aux adultes... Voilà qui finalement pourrait assez bien résumer ce roman... Que clôture cette phrase que j'ai trouvé tellement vraie et tellement cynique : "Dire que, quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes qu'eux !"...

Ah oui, petit détail, mais pas des moindres... Si à la fin de votre lecture, comme moi, vous vous dites : "Flûte, j'ai du lire trop vite par moment, j'ai pas vu la fameuse phrase de Tigibus !", sachez que c'est tout à fait normal... Et oui, le "Si j'avais su, j'aurai pas venu" a été rendu célèbre par le film d'yves Robert en 1962, mais n'existe pas dans le roman ! Comme quoi, si j'avais su...

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • La grande bibliothèque d'Anudar : "Louis Pergaud a réussi, en effet, à capturer un instantané d'une vie sociale, celle d'une bande de gosses à la campagne, mais des gosses qui - malgré leur réticence à la chose scolaire ! - ont intégré le fait républicain."

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : La guerre des boutons, Louis Pergaud, Éditions Folio, 1972, 288 pages.