marie stuart

Reine d'Écosse à l'âge de six jours, brève reine de France, le destin de Marie Stuart fut celle d'une femme luttant pour le pouvoir. Son destin tragique s'acheva sur le billot du bourreau en février 1687, à l'initiative de sa cousine anglaise, Élisabeth Ie.

Partir en Écosse était l'occaison parfaite pour s'intéresser à l'histoire d'une contrée mine de rien très liée à celle de la France. Écossais comme Français ont lutté, et luttent toujours pour certains, contre un ennemi commun : les Anglais. En outre, en plus de l'Auld Alliance signée pour lutter contre cet ennemi commun, Écossais et Français ont le privilège d'avoir eu une reine commune : Marie Stuart.

Femme au destin tragique, intimement lié à celui d'Élisabeth Ie, Marie Stuart appartient à une lignée qui ne saurait connaître une fin heureuse.

"Mais c'est un héritage doublement fatal que d'être reine d'Écosse et une Stuart en même temps ; jusqu'ici il na été accordé à aucun des membres de cette famille qui ont occupé le trône de vivre heureux ou longtemps. Deux d'entre eux, Jacques Ier et Jacques III, ont été assassinés, deux autres, Jacques II et Jacques IV, sont tombés sur le champ de bataille ; et le destin a réservé à deux de leurs descendants, à cette enfant innocente et à son petit fils Charles Ier, un sort encore plus tragiques : l'échafaud." (p. 19-20)

Stefan Zweig a toute la matière pour faire de la biographie de Marie Stuart une véritable tragédie grecque. Il faut dire que globalement, l'Histoire de l'Écosse est régulièrement marquée par le sang qui coule...

"Depuis des siècles, la noblesse écossaise ne connaît qu'une méthode pour s'expliquer avec un adversaire gênant : le meurtre." (p. 136)

Du coup, complots, trahisons et passions sont les maîtres mots de l'histoire de cette reine tout aussi sympathique qu'antipathique, animée par une soif de pouvoir et de faste, réagissant avec spontanéité, sans la stratégie que son rôle lui insufflait... Autant dire qu'à quelques reprises, je me suis dit que Zweig tenait là un merveilleux scénario de roman d'espionnage ! Face à Marie Stuart, une autre grande dame de l'époque se voit dépeinte indirectement, sa cousine Élisabeth Ie, dont Zweig ne fait pas toujours un portrait sympathique. Si elle est présentée comme largement plus humaniste et soucieuse de l'intérêt général de son peuple que sa "soeur" écossaise, Élisabeth Ie brille également par un caractère insondable, ambigu...

"Mais en réalité Élisabeth n'est jamais nettement décidée à quoi que ce soit, chez elle une affaire n'est jamais vraiment terminée." (p. 386)

2014Le récit que Stefan Zweig nous fait de la vie de Marie Stuart est-il réaliste ? Je ne connais pas assez cette dame pour le juger. Je pense que dans toute biogrpahie, il y a une partie de subjectivité, et que l'auteur expose les faits nécessairement avec son prisme. Mais Stefan Zweig a l'honnêté, il me semble, de souligner les difficultés auxquelles il s'est trouvé confronté dans sa recherche concernant la vie de Marie Stuart, à commencer par l'authenticité des documents à charge ou à décharge... Il tente d'analyser les réactions des protagonistes, de Marie Stuart et se permet d'avancer quelques hypothèses qui ne mettent pas toutes en avant la vivacité d'esprit et la finesse statégique de l'Écossaise... Et c'est peut-être ce qu'on attend d'un biographe : aller au-delà des faits tels que l'Histoire les a retenus.

Quels que puissent être les défauts ou les qualités de cette biographie, j'ai beaucoup apprécié de m'y plonger car elle a donné une autre dimension au voyage. J'ai eu l'impression que Marie, Queen of Scotts, me poursuivait ou me devançait, un peu partout où nous allions. J'aurai beaucoup aimé approcher Hollyrood House au-delà des grilles fermées, mais la descendante d'Elisabeth Ie y ayant pris ses quartiers d'été, je n'ai pu voir le plancher sur lequel Riccio fut sauvagement assassiné. Mais si l'homme a préféré m'attendre dans la cour d'honneur, j'ai eu une pointe d'émotion en découvrant au château d'Edimbourg la pièce dans laquelle Marie donna naissance à son fils, le fils roi d'Écosse puis d'Angleterre. Quand nos pas viennent croiser ceux de l'Histoire, j'avoue avoir tendance à me sentir toute petite...

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Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Les livres de Céline : "C’est un essai historique mais ce livre est très agréable à lire :  le style de l’auteur est fluide et a su me captiver."
  • Le blog d'Akialam : "Limpide, même pour la néophyte que je suis, cet ouvrage retrace les faits historiques et tente de brosser le portrait psychologique de la reine ainsi que de ses contemporains, mais essaye dégalement de dénouer le faux du vrai parmi les nombreux écrits émanant d'un camp comme de l'autre, côté catholique ou protestant."
  • Les lectures de Lilas : "L'histoire de Marie Stuart c'est aussi celle d'Elizabeth d'Angleterre. Les deux femmes sont irrémédiablement liées par le sang et par la proximité de leur royaume respectif."

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Marie Stuart, Stefan Zweig, traduit de l'allemand par Alzir Hella, Éditions Livre de Poche, 2001, 413 pages.