insurrections singulieres

Lorsque Karima le quitte, Antoine retourne chez ses parents. En congés forcées de l'usine où il travaille, Antoine croise la route de Marcel, le vendeur de vieux livres. Au gré d'une rencontre littéraire, Antoine s'embarque pour le Brésil, à la recherche de celui qu'il est...

Ce bouquin sera resté dans ma PAL assez peu de temps contrairement à d'autres... Alors que je dois vous avouer que j'avais un peu peur de m'y plonger. J'avais lu qu'il causait du rapport au travail, de sa place dans nos vies, et je n'étais pas certaine d'avoir envie de m'interroger sur ces questions. Et puis, à la veille d'un changement professionnel loin d'être anodin pour moi, j'ai tenté, prête à le laisser de côté si je me rendais compte que ce n'étais pas le moment adapté. Et finalement, j'ai dévoré. En l'espace de deux soirées, Antoine et ses réflexions m'ont accompagnée.

J'ai du mal à définir Les insurrections singulières. Il convient de vous prévenir que c'était la première fois que je lisais Jeanne Benameur. Je sais qu'elle prend une place croissante dans le paysage littéraire français contemporain, et je le comprends : style fluide, facile à lire, qui s'adapte assez bien à l'esprit de son personnage principal, même si j'aurai aimé un langage peut-être moins ampoulé de la part d'un Antoine qui se dit lui même peu éduqué, tout juste titulaire de son bac. Mais ce qui m'a le plus marqué dans ce roman, c'est toute cette quête d'identité qu'Antoine entame à l'aune d'une rupture amoureuse...

"En fait, il y croit et c'est peut-être ça que je supporte le moins. Lui, il est à sa place. Sur l'échiquier, il sait quelle partie il joue." (p.39)

Tout dans sa tête se questionne... A-t-il eu raison de suivre les traces de son père à l'usine ? Qu'aurait-il pu faire d'autre ? Que va-t-il faire de sa vie désormais ? Jeanne Benameur vient raconter l'histoire d'un trentenaire qui tente de trouver sa place, de savoir qui il est. Ce roman parle d'un homme en colère, d'un homme révolté, qui tente de se connaître pour s'apaiser. Qui s'interroge sur la manière de trouver sa place en tant qu'individu unique dans la masse similaire qu'est une famille, un groupe professionnel, et peut-être la société toute entière. C'est un roman actuel, qui parle de notre rapport au travail : doit-il être un simple moyen de subsistance, une manière d'appréhender la vie, une passion ? 

Dans la très courte postface de son roman, Jeanne Benameur explique que ce roman est né des fermetures d'usines en France, des multiples délocalisations auxquelles doivent faire face les ouvriers. Mais elle a réussit à insuffler à Antoine des questionnements plus vastes et plus généraux sur le sens que nous tentons tous de donner à nos vies. 
Un roman qui nous rappelle de ne jamais perdre de vue les rêves que nous pouvons avoir dans un coin de nos têtes face aux impératifs qui se veulent obligatoires du quotidien...

"Je pense à Jean de Monlevade. A ceux qui osent, un jour, faire voile, laissant tout derrière eux. Je sens en moi la force que donnent les rêves retenus de tous les autres, ceux qui ne partent jamais." (p. 148)

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Clara et les mots : "Jeanne Benameur tel un archer touche sa cible. En peu de mots, toujours très justes, elle nous amène à réagir et à réfléchir comme si ce livre était destiné à chacun d’entre nous."
  • Le goût des livres : "La classe ouvrière, la mondialisation, les délocalisations, l'étranglement de l'individu dans un système ultra-formaté, la solitude des êtres, l'importance des mots, les thèmes abordés dans ce roman sont nombreux et s'entrecroisent."
  • Audouchoc : "Un roman porteur d'une jolie douceur et de questions ancrées dans son époque."

Challenge PAL

Une lecture qui s'inscrit dans le Challenge Destination PAL de Lili Galipette !

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Les insurrections singulières, Jeanne Benameur, Éditions Actes sud, Collection Babel, 2013, 240 pages.