a l'ouestPremière guerre mondiale. Paul, jeune Allemand de 19 ans, s'est engagé volontairement, convaincu par le discours nationaliste d'un de ses professeurs. Mais la guerre lui montre une réalité bien loin des idéaux qu'il pensait défendre avec ses compagnons de classe.

Une fois n'est pas coutume, c'est l'homme qui m'a conseillé ce titre alors que nous nous promenions dans les allées d'une librairie. "Oh, celui-ci, je l'ai lu au collège, c'était vachement bien !" Soit. Il ne m'en faut pas plus pour attirer ma curiosité, j'ai acheté. Et j'ai bien fait. Car A l'ouest rien de nouveau entre à l'issue de sa lecture sur ma liste des incontournables qu'il faut avoir lu dans sa vie, pour le message de paix, pour la description de l'absurdité de la guerre et l'universalité de son message.

Dès le premier chapitre, le lecteur est fixé : c'est un jeune Allemand de 19 ans qui nous raconte son histoire, engagé pour les idéaux de ses aînés, allant se battre pour un avenir que tous lui décrivaient comme meilleur. Mais faire la guerre quand on a 19 ans, c'est voir toutes ses certitudes envolées, et de multiples questions apparaître avec les premiers morts.

"La guerre, comme un fleuve, nous a emportés dans son courant. Pour les autres qui sont plus âgés, elle n'est qu'une interruption. Ils peuvent penser à quelque chose en dehors d'elle. Mais, non, nous avons été saisis par elle et nous ignorons comment cela finira. Ce que nous savons, c'est simplement, pour le moment, que nous sommes devenus des brutes d'une façon étrange et douloureuse, bien que souvent nous ne puissions même plus éprouver de la tristesse." (p. 24)

Évidemment, ce livre est un récit de la première guerre mondiale. Erich Maria Remarque y met en scène des situations qu'il a sûrement vécu pendant la mobilisation, les bombardements, les baïonnettes, puis les mitraillettes ; les hôpitaux de fortune pour les premiers soins, et ceux en retrait du front ; la vie en caserne, en attendant d'être envoyé sur un nouveau front, puis celle dans les tranchées en attendant l'assaut. Mais la force de ce livre, et les Allemands l'avaient compris vu l'accueil qui a été réservé à ce livre à sa sortie et dans les années suivantes, c'est la dénonciation du combat et de la guerre, si peu de temps après, et le tout dans un contexte de montée en puissance du nationalisme...

Car à travers son histoire, ses anecdotes plus ou moins tragiques, Paul représente tous les soldats, qu'ils soient Français, Allemands, Russes et j'en passe. Ses questionnements sur le sens du conflit et ses conclusions ont du envahir l'esprit de plus d'un de ces soldats coincés dans des tranchées boueuses envahies de rats, sous le feu des opposants, soumis aux décisions d'hommes politiques inconnus, pour des enjeux qui les dépassent tellement... L'histoire de Paul, c'est l'histoire de l'absurdité du patriotisme poussé à outrance.

Je terminerai cette chronique qui n'arrive pas à dire un dixième de l'envergure de ce bouquin par cette phrase que bien des combattants actuels devraient avoir en tête. Oui, parce que si ce bouquin évoque la première guerre mondiale, les idées qu'il dénonce et véhicule sont hélas, toujours d'actualité.

"Tout n'est forcément que mensonge ou insignifiance, si la culture de milliers d'années n'a même pas pu empêcher que ces flots de sang soient versés et qu'il existe, par centaine de mille, de telles geôles de torture." (p. 230).

 Challenge PAL
Une lecture qui s'inscrit dans le Challenge Destination PAL de Lili Galipette !

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : A l'ouest rien de nouveau, Erich Maria Remarque, traduit de l'allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac, Éditions Livre de poche, 2013, 254 pages.