plassansLa maison Mouret est en émoi : François vient d'accepter de louer un étage au nouvel abbé de la ville. Débarquant avec sa mère de Besançon, l'abbé Faujas est au coeur de toutes les conversations dans la ville. Peu à peu, Marthe Mouret va s'en rapprocher, tandis que sa mère, la vieille Félicité, continue à tirer les ficelles depuis son ancien salon jaune devenu vert Empire...

Si on m'avait dit il y a quelques années que je mettrai 3 jours pour lire un Zola, je pense que j'aurai éclaté de rire. Et pourtant, "il ne faut jamais dire jamais" dit le proverbe, et il a bien raison car La Conquête de Plassans est vraiment un très bon opus de cette saga des Rougon-Macquart.

Pour faire un point généalogique, on y retrouve Marthe Mouret, fille de Félicité et Pierre Rougon, mariée à son cousin, François Mouret, fils d'Ursule Macquart. Avec l'union de ces deux cousins, l'une issue de la branche "saine" et l'autre de la branche plus "instable", Emile Zola s'offre de quoi faire du ménage Mouret un cocktail détonnant.

Rapidement, on découvre un François Mouret à la personnalité étrange : très commère, il complote avec Rose, la domestique, pour en savoir plus sur son nouveau locataire, l'abbé Faujas. Maniaque, il passe son temps à ranger sa maison et prend beaucoup de plaisir à jouer avec Félicité, sa fille de quatorze ans, restée une enfant de cinq ans dans sa tête... Quant à Marthe, son épouse, elle semble avoir hérité des traits de caractère de sa grand-mère et son personnage tombe peu à peu dans une hystérie religieuse au fil du roman.

La folie est d'ailleurs un thème récurrent de l'ouvrage, à travers la tante Dide enfermée aux Tulettes, sorte d'hospice dont le rôle est central dans ce roman. La folie, et la passion... J'ai d'ailleurs été assez frappée de voir que dans cet ouvrage tout comme dans La Curée, Zola y met en scène des relations ambiguës entre hommes et femmes... Et qu'il utilise tout le langage de la passion amoureuse et du désir pour décrire les scènes d'hystérie religieuse de Marthe...

Autour d'eux, c'est toute la bourgeoisie de Plassans qui gravite. Les opinions politiques et religieuses s'opposent, et déjà les manipulations sont de mises pour donner le pouvoir aux alliés du régime. On découvre ainsi rapidement que si les hommes sont globalement sur le devant de la scène, les femmes ne sont pas en reste quand il s'agit de tirer les ficelles. Sans parler de l'Eglise et de l'importance de la religion dans la vie sociale... A se demander qui gouverne réellement...

Avec ses thématiques multiples, La Conquête de Plassans apparaît comme un ouvrage central dans le projet de Zola en terme de déterminisme, le tout dans un contexte de jeux de pouvoir politiques et religieux extrêmement bien relatés. Ou comment se rendre compte que nos politiciens aux dents longues n'ont vraiment rien inventé...

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Des jours et des livres : "Nous ne retrouvons pas ici les descriptions minutieuses qui sont sa marque de fabrique, il s’attache à décrire les comportements, comment la folie se manifeste."
  • Des galipettes entre les lignes : "Le temps d’un roman, l’auteur m’a entraînée loin du Paris des autres volumes de la saga Rougon-Macquart. Et je reviens enchantée de mon voyage et de la lecture de cette étude acerbe de la société bourgeoise qui sévit en province."
  • A sauts et à gambades : "Il n’a pas son pareil quand il s’agit de mettre à nu les ambitions, les haines familiales, la fausse dévotion pour montrer toutes les vilenies de la vie familiale."
  • AnGee's Livroscope : "La Conquête de Plassans n'est pas, comme je vous l'ai dit plus haut, le plus connu de la saga; cependant je vous en conseille la lecture, car j'ai trouvé ce roman intéressant, et j'ai beaucoup aimé le découvrir. La façon dont Zola aborde la religion et son influence sur les gens est assez marquante."

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Une lecture qui s'inscrit dans le challenge "Relisons les Rougon-Macquart" de Lili Galipette, George et Miss Bouquinaix !

Texte © Miss Alfie 2013.
Édition présentée : La Conquête de Plassans, Emile Zola, Éditions Livre de Poche, 1990, 440 pages.