mauvaise etoile

On ne peut pas dire qu'Elliott et Clarence soient nés sous une bonne étoile. Et lorsque Earl Sheridan, condamné à mort et fugitif, les prend en otage, l'un comme l'autre se demandent comment cela va se terminer. Mais la course-poursuite de Californie au Texas réservera bien des surprises au trio, les personnalités se dévoilant au rythme des cadavres dans l'Amérique des sixties.

J'apprécie le style d'Ellory depuis la lecture de son premier roman traduit en français, Seul le silence. En dehors de Vendetta qui traîne toujours dans ma PAL (oui, ça n'a pas changé depuis Les anges de New York), j'ai du lire tous ces romans traduits. Le Père Noël fut donc bien aimable de glisser dans ma sacoche de Noël son dernier roman. 

J'ai eu l'impression de retrouver au début le Ellory de son premier roman lu, avec cette noirceur, ce sordide qui ne m'avait pas autant marqué dans les romans suivants. On suit donc deux demi-frères orphelins qu'un cinglé prend en otage dans leur orphelinat. Le truc pourrait tourner au drame rapidement pour des deux gamins si l'ainé n'était pas aussi frappé que le ravisseur et ne développait pas à son égard une sorte d'adoration malsaine. 

Au fur et à mesure de leur fuite, les héros rencontrent différents personnages dont le destin sera bien souvent dramatique (je ne sais pas si Ellory était payé au nombre de morts pour ce bouquin, mais je pense qu'on complète une carte de fidélité aux PFG !). Ellory s'emploie d'ailleurs à faire de ces figurants de passage de vrais personnages, des êtres humains avant qu'ils ne deviennent les cibles d'une folie meurtrière, en nous racontant leur vie, leur quotidien, leurs rêves et leurs frustrations. J'ai trouvé que ce roman avait de vrais accents américains, avec de réguliers rappels à la religion, et ce côté mystique d'enfants nés "sous une mauvaise étoile", comme si tout était écrit à l'avance...

L'intrigue en elle-même et la course-poursuite sont plutôt bien menés, même si j'ai trouvé quelques longueurs jusqu'à l'arrivée de l'inspecteur Cassidy qui relance un peu le suspense. Le tout apparaît comme un grand puzzle dont les pièces se mettent peu à peu en place, comme un fil auquel on ne peut échapper... Je vous avoue au début avoir même retrouvé un peu de l'ambiance de Shane Stevens dans Au-delà du mal, c'est dire à quel point la violence est présente dès les premières pages de ce roman.

En revanche, voilà que je vais refaire le même reproche à monsieur Ellory que dans son roman précédent, à savoir cette fin aux relents mièvres qui semble vraiment faite pour appâter le lecteur et le laisser sur une note optimiste. Pendant 500 pages, il nous éclabousse de sang, il nous insulte et nous fait frémir face à des armes toujours plus inquiétantes, et là, pif paf pouf, tout est bien qui finit bien, tout ce petit monde rentre chez soi et le méchant est puni. Ah ben oui, mais non ! Quitte à faire du sordide et du glauque, autant pousser jusqu'au bout mon p'tit !

Ce détail mis à part (je dis détail, mais bon sang, mesdames-messieurs les auteurs, n'oubliez pas que la fin, c'est ce qui peut faire tout un livre, Dennis Lehane l'a bien compris lui !), Mauvaise étoile est un excellent thriller. Motels, vielles bagnoles et routes désertiques sauront vous embarquer, vous tremblerez aux côtés de ces personnages pas toujours très sympathiques, mais paradoxalement impossibles à abandonner face à leur destin...

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Le jardin de Natiora : "Dense, avec une galerie de personnages fouillés, même pour ceux qui n’apparaissent que le temps de se faire tuer."
  • Les lectures de Laure : "Si nous n'aimez pas les bains de sang, la violence, les meurtres gratuits, passez votre chemin. Personne ne va-t-être épargné."
  • Les chroniques acides de Lord Arsenik : " Le destin est bien entendu omniprésent, qu’est-ce qui fait qu’une vie peut basculer du jour au lendemain ? Le rythme enlevé du roman n’empêche pas çà et là quelques touches comiques et des moments riches en émotions."

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Mauvaise étoile, R.J. Ellory, traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau, Éditions Sonatine, 2013, 538 pages.