UDDHRichard Francis Burton est né. Richard Francis Burton est mort. Entre temps, il a fait un paquet de choses. Voilà donc ce qu'on appelle une biographie de Richard Francis Burton.

J'ai connu Richard Francis Burton par deux albums BD. Oui, je n'ai pas connu personnellement Richard Francis Burton, hein. Ces deux albums, de la série Explora, j'en avais parlé l'été dernier dans une chronique merveilleuse (puisque c'est MA chronique) et ils m'ont donné envie d'en savoir plus sur le personnage. Magie des rézosossio, quand j'ai demandé conseil, on m'a proposé ce livre, biographie publiée en 1967 et qui est unanimement reconnue comme complète et parfaitement documentée. Donc je me suis lancé dans ce pavé. C'est long, très long mais c'est foutrement passionnant. Parce que le personnage est passionnant.

On doit à Richard Francis Burton un paquet de choses. Il l'est l'un des premiers Européens non musulman à pénétrer dans la Mecque et le premier à décrire la ville. Il se rend également à Harar, quatrième ville sainte musulmane. Il découvre le lac Tanganika auquel il attribue - par erreur - la source du Nil. Il réalise une traduction complète des Mille et Une Nuits et du Kama-Sutra. Il écrit une foultitude de bouquins dont les études ethnologiques comptent encore aujourd'hui parmi les meilleures et les plus pointues. Bref, pour son époque, Burton estun phénomène. Et à cette époque victorienne un peu guindée, un phénomène, ça ne passe pas très bien.

En effet, Burton a un caractère bien trempé. C'est par défi vis-à-vis de cette société trop chaste qu'il décide de traduire les Mille et Une Nuits (qui est beaucoup plus violent et sexuel que les jolis contes qu'on veut bien nous raconter) et le Kama Sutra (qui est bien plus qu'un simple recueil de jolis dessins suggestifs). C'est par défi qu'il met sa vie en jeu en se déguisant en pélerin pour rentrer dans la Mecque. Par toutes ses actions, Burton a fait montre d'une redoutable modernité pour son époque.

La biographie s'attarde également sur les relations qu'il entretient avec ses contemporains. Deux personnes sortent du lot. John Hanning Speke, avec qui il entreprit une expédition aux sources du Nil et Isabel Arundell, une femme de dix ans sa cadette qui deviendra son épouse. Burton s'est farouchement opposé à Speke lors de l'expédition qu'il en gardera une rancoeur tenace. A tel point qu'il s'entêtera dans sa position de considérer le Tanganiyka comme source du Nil alors que Speke, lors une expédition ultérieure pourtant scientifiquement moins précise, considérera à juste titre que le lac Victoria est la véritable source. Malgré cette haine farouche entre les deux hommes, on sent derrière la carapace de Burton une humanité et un respect profond pour Speke. Ces sentiments paraîssent surtout quand Burton apprend la mort de Speke lors d'un accident de chasse la veille du débat qui était sensé les opposer à la Royal Geographic Society.

La relation avec son épouse est également paradoxale. Il force la main d'Isabel pour le mariage, ce dernier contrevenant à la volonté de la famille Arundell. Si elle éprouve pour son mari une fascination sans bornes, lui n'est pas fondamentalement expressif. Il lui impose même de s'adapter à ses volontés de voyages. Sur la fin de sa vie, quand la maladie fait son oeuvre et que l'aide de son épouse devient indispensable, Burton laisse alors apparaître l'amour qu'il lui porte. La biographie fait également d'Isabel Burton plus qu'un personnage secondaire. Beaucoup de références sont tirées de la biographie écrite par l'épouse de Burton après la mort de ce dernier. En revanche, Fawn Brodie fait une réflexion plus poussée sur l'adoration que portait Isabel à son mari. A tel point qu'elle brûla de nombreux écrits de son mari pour que ne reste que le meilleur de Burton au risque de perdre de précieux écrits dont une traduction d'un ouvrage indien qui traitait de pédérastie.

Cette biographie est un formidable moyen de connaître le personnage complexe de Richard Francis Burton. Fawn Brodie livre au moyen de recherches et de références multiples et pointues un portrait complet, profond et précis d'un homme qui a complètement marqué la deuxième moitié du 19è siècle britannique par une modernité révolutionnaire.

Texte © Alfie's mec, 2013.
Couverture : Un diable d'homme (ou le démon de l'aventure), Fawn Brodie, Éditions Libretto, 1967 (pour la vérsion originale).