le liseurMichaël a une quinzaine d'années lorsqu'il rencontre par le hasard d'une jaunisse Hanna, de vingt ans son aînée. Pendant plusieurs mois, le couple se retrouve et leurs rencontres sont l'occasion pour Michaël de lui faire la lecture. Un jour, Hanna disparaît. Michaël la retrouve sept ans plus tard, sur le banc des accusés, dans un procès de l'après-guerre...

J'ai toujours beaucoup de difficultés à évoquer un roman qui m'a marqué ou bouleversé. Je ne sais par où commencer pour vous inviter à découvrir ce titre, si ce n'est déjà fait...

Le liseur se passe après la seconde guerre mondiale, dans une Allemagne qui se reconstruit, qui tente de panser ses plaies, qui traque ses meurtriers et dont la jeune génération porte la honte des actes de leurs aînés. C'est une société qui cherche à condamner ceux qui ont agit à l'époque, quand eux-mêmes n'osaient parfois même pas prendre position et restaient dans une sorte de collaboration passive...

"Quelque consistance que puisse avoir, ou ne pas avoir, moralement et juridiquement, la culpabilité collective, pour ma génération d'étidants ce fut une réalité vécue. Elle ne concernant pas uniquement ce qui s'était passé sous le Troisième Reich. Que des tombes juives soient barbouillées de croix gammées, que tant d'anciens nazis fassent carrière dans les tribunaux, l'administration et les universités, que la République fédérale d'Allemagne ne reconnaisse pas l'Etat d'Israël, que l'émigration et la résistance tiennent moins de place dans les livres que la collaboration et la soumission : tout cela nous remplissait de honte, même quand nous pouvions montrer du doigts les coupables." (p. 190)

Dans ce contexte, on rencontre Michaël, adolescent, qui a vécu la guerre comme un enfant, qui a vu ses conséquences sur ses parents, et dont l'histoire va croiser celle d'Hanna. Hanna est une jeune femme mystérieuse, dont Michaël sait très peu de choses, une jeune femme qui peu s'emporter et devenir froide d'un instant à l'autre, une jeune femme qui demande à Michaël de lui faire la lecture. Chaque jour. Michaël, et le lecteur, ne comprendront pourquoi que bien après sa fuite, lorsqu'elle devra répondre de ses actes devant un tribunal.

Ce roman est une histoire à multiples facettes. On y parle d'amour, de trahison et d'un fantôme qui vient hanter chacune des histoires futures de Michaël, d'une histoire qui ne s'est finalement jamais vraiment terminée. On y parle d'Histoire aussi, avec cet héritage qu'il faut apprivoiser, et les procès qui viennent rappeler les actes terribles posés sans qu'on les comprenne parfois par des hommes et des femmes. On y parle de honte, que ce soit celle des jeunes Allemands, ou celle d'Hanna qui se cachera bien longtemps.

Voilà un livre qu'on m'avait prédit beau, et qui l'est réellement. Un nouveau coup de coeur pour 2014 !

Ce qu'on en dit ailleurs : Comme pour le Delacourt, tellement de chroniques qu'il sera bien plus rapide d'aller jeter un oeil sur Babelio !

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Le liseur, Bernhard Schlink, traduit de l'allemande par Bernard Lortholary, Éditions Gallimard, collection Folio, 1999, 243 pages.