peintre eventail

Un jour, Xu Hi-Han se précipite au chevet de celui qui l'a instruit, Matabei Reien. Vivant en ermite, le vieil homme profite des dernières heures de son existence pour lui raconter sa vie à la pension de dame Hison et sa rencontre avec Osaki, le peintre jardinier.

Le Peintre d'éventail est le deuxième roman que je découvre pour le Prix Océans. Quelques recherches rapides sur le net m'ont apprises que le monsieur est loin d'être un novice en matière littéraire, même s'il s'agit pour ma part de ma première lecture de cet auteur.

Autant le dire tout de suite, si Le Peintre d'éventail est le premier roman que je lis d'Hubert Haddad, je pense qu'il ne sera pas le dernier. Hubert Haddad nous entraîne dans un voyage de Kyoto à la campagne japonaise en compagnie de personnages mystérieux. Rapidement, on apprend que Matabei a quitté Kyoto après avoir heurté en voiture une jeune passante qui y laissa la vie. Fuyant son passé, Matabei trouve refuge dans une pension de famille, près de la mer, pension dirigée par une ancienne courtisane. Dans la salle commune, s'y croise des personnalités diverses, de la vielle fille parlant aux esprits à la belle Enjo qui fera tourner bien des têtes à Atôra...

Tout cette histoire, on l'apprend par son ancien élève, parti du jour au lendemain, et qui aura à coeur de poursuivre l'oeuvre de celui qui lui a enseigné l'art de la peinture sur éventail, à coeur de le maintenir en vie d'une manière ou d'une autre.

"Nous continuerons d'appeler Matabei, Matabei Reien, par ce bruit de bouche à la faveur du bruit léger du vent. On garde si peu d'une mémoire d'homme. A peine un signe en terre. Quelques images et de rares paroles au meilleur des cas. Moins que son poids de cendre après la crémation." (p. 18)

Les éventails, ils ont une place centrale dans ce roman. Peints pendant des années par le vieux Osaki, Matabei découvrira après sa mort leur lien étroit avec le jardin qui fait rêver tant de voyageurs de passage à la pension. Ils sont également pour l'auteur l'occasion d'introduire dans son texte des haïkus, forme poétique à laquelle j'avoue être assez hermétique, mais qui introduisent dans le texte une belle poésie. Cette poésie qui ressort globalement du texte tient aussi de la maîtrise de la langue et des mots par Hubert Haddad. Il réussit à nous abreuver de descriptions du jardin et de la montagne avec une belle précision, excercice on ne peut plus difficile si l'on ne veut pas user et abuser des mêmes termes... Mais non, Hubert Haddad sait poser le bon mot au bon endroit pour créer un univers autour de son lecteur. En témoigne cet extrait lorsqu'une certaine vague va submerger la région un jour de mars...

"Tout ce qui n'avait pas d'attaches, objets ou créatures, était avalé après une sorte de salut giratoire et parfois recraché à la surface diluvienne tandis que l'onde s'engouffrait par toutes les anfractuosités, éventrant les édifices, hangars ou immeubles d'habitation, déplantant du sol les maisonnettes qui, transformées en chalands instables, allaient percuter les cargos qui dérivaient au coeur des avenues et des parcs noyés. Les vagues géantes se succédèrent, venant à bout des constructions fragilisées par le séisme, contournant les obstacles sur lesquelles elles se rétractaient en noeuds d'hydre pour envahir d'un flux continu les zones adjacentes." (p. 126)

Car si le début de ce roman est assez lent et contemplatif, le dernier tiers sera marqué par un événement jamais nommé comme tel mais aux conséquences multiples et tragiques... 

La présentation de l'éditeur évoque "un roman d'initiation inoubliable, époustouflant de maîtrise et de grâce". Si l'univers nippon n'est pourtant pas l'un de ceux qui m'attire le plus, je dois reconnaître que j'ai vécu avec cette lecture un voyage emprunt de poésie et de beauté.

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Le blog de Mimi : "Ce livre se déguste davantage qu’il ne se lit parce qu’il est plus une œuvre d’art qu’un roman. Il enchante, émerveille, enveloppe le lecteur dans un cocon, l’isole de la laideur du monde pour mieux l’y replonger avec tact et retenue."
  • Lire & Merveilles : "D’une écriture à la fois rigoureuse et déliée, sur une histoire intimiste, dans un lieu clos, hors-temps, Hubert Haddad peint tout en finesse, le trait à la fois précis et ample, des personnages et des paysages aux couleurs profondes et trace les lignes de la culture japonaise."
  • Skriban : "Les mots, précis, ajustés, longuement polis, font surgir les perspectives du jardin et des âmes de ceux qui y vivent."
  • Lettres exprès : "C’est très maîtrisé, un soupçon trop à mon goût, et je crois que je préfère lire le même genre de roman écrit par un auteur japonais, j’ai pensé à Akira Yoshimura et son Convoi de l’eau, par exemple."

Un roman lu dans le cadre de ma participation au Prix Océans 2014 !

2014

Texte © Miss Alfie 2014.
Édition présentée : Le Peintre d'éventail, Hubert Haddad, Éditions Zulma, 2013, 188 pages.