CZCOUVStella McLeod accompagne son mari en Nouvelle-Zélande. L'expédition se fait attaquer par une tribu maorie et la jeune femme est capturée. Pendant sa captivité, elle est initiée aux moeurs des hommes et femmes de la tribu.

Lecture (et donc, de fait, chronique) réservée aux adultes. Voilà, je préfère prévenir avant que vous veniez vous plaindre du sujet...

Quand on cherche un style de littérature particulier, il convient de se mettre en relation avec des spécialistes. Après deux essais relativement infructueux (ici et ), j'ai donc profité d'un petit créneau horaire sur la capitale pour aller faire un tour à la librairie La Musardine, librairie érotique située près du cimetière du Père-Lachaise ce qui, avouons-le, est plutôt cocasse. Hé oui, les amis, aujourd'hui, on va parler gaudriole, batifolage, bref, de cul. Non, OK, érotisme, ça fait plus classe. Dans cette librairie, j'ai donc eu à faire à un garçon tout à fait sympathique à qui j'ai exposé un petit peu ce que je voulais et il m'a conseillé deux bouquins : l'un de son auteur préféré (que je n'ai pas encore lu) et ce Cruelle Zélande.

Et je ne vais pas le cacher, j'ai enfin pu lire une vraie oeuvre érotique. C'est bien écrit, les personnages, bien que passablment détestables (mais j'y reviendrai) sont bien foutus, l'histoire se construit progressivement, bref, tous les ingrédients sont au rendez-vous pour que la forme soit réussie. Donc, là, déjà, ça fait plaisir. Autre point positif, les scènes de sexe sont aussi plutôt bien foutues. Ce n'est jamais vulgaire (sans doute parce que la narratrice est une femme de la bonne société anglaise du 19è siècle), ce n'est jamais trash, ce n'est jamais hardcore, bref, bien écrit et, par moments, et c'est quand même un peu le but ma bonne dame, quelque peu excitant. Mais pas trop non plus parce que le cadre ne s'y prête pas.

En effet, l'histoire raconte les péripéties de cette Stella faite prisonnière par une tribu maorie vaguement éloignée de toute civilsation dite moderne. Vous imaginez bien que les loulous ne sont d'une remarquable amitié avec leur prisonnière. Le premier aspect un peu gênant est donc dans la violence des actes que l'héroïne subit. Le sexe contraint, c'est pas particulièrement ma tasse de thé. L'autre point un peu dérangeant, c'est les relations sexuelles avec de (très) jeunes adultes, pour ne pas dire des enfants. Quand bien même ce sont les jeunes à l'origine de la relation (à ce stade de l'histoire, l'héroïne est acceptée par la tribu et se mêle à sa population) et que c'est sur un fond de jeu, je reste un petit peu mal à l'aise. Oui, je sais, je suis d'un conformisme assez navrant, mais voilà, j'ai quand même quelques limites. Et je reviens un instant sur l'aspect "détestable" des personnages que j'évoquais plus haut. Outre les violences infligées à leur victime par les maoris, l'héroïne elle-même est assez pénible. Ses préjugés sur une bonne relation homme dominateur - femme docile ou sur les indigènes sauvages et barbares ne la rendent pas sympathique. C'est un peu caricatural de la femme aristocrate anglaise à l'époque victorienne. Au reste, ça reste un caractère qui permet à l'histoire de se tisser.

Ceci dit, je commençais à désespérer de trouver de bons bouquins de littérature érotique et la fréquentation de cette librairie spécialisée me laisse à penser que rien n'est impossible. Même si le le fond est par moments un peu too much (par rapport à mes limites, j'imagine que d'autres lecteurs poseront les bornes un peu plus loin), l'écriture est franchement bonne et ça se laisse lire avec plaisir. Dernier détail, la quatrième de couverture parle érotisme mêlé à de l'humour ou d'humour érotique, on ne va pas se mentir, on ne se bidonne pas à chaque page. Il y a quelques passages effectivement plutôt drôles mais ça n'en est pas non plus le fond de commerce.

Texte © Alfie's mec 2013
Couverture : Cruelle Zelande, Jacques Serguine, Éditions La Musardine, 2005.