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Après s'être séparés plusieurs années auparavant, une bande de copains et membres d'un groupe de rock se retrouve chez l'un d'eux, Sandro. Certains ont réussi, d'autres moins. Au détour de flash-back sur les concerts, la drogue, les amours passagères, ils comprennent les événements mal perçus à l'époque et découvrent que quelque chose de plus fort que la musique unit certains d'entre eux.

Que je vous dise, j'étais quand même vaguement sceptique quant à cet ouvrage. Zep, pour moi, c'est ce petit bonhomme qui dessine des trucs rigolos que ce soit Titeuf ou d'autres albums ne mettant pas en scène le petit blondinet à mèche rebelle (je pense en particulier au guide du zizi sexuel ou à la série des Happy). Du coup, j'avais du mal à l'imaginer à écrire une histoire "sérieuse" avec des adultes et qui puisse me toucher. Mais chez le dealer, ils étaient plutôt contents du résultat. Du coup, je me suis laissé tenter. Sauf que j'ai lu ce one-shot en essayant à tout prix de lui trouver des reproches. Alors, bon, s'il n'est pas exempt de défauts, cette histoire d'hommes n'est quand même pas à jeter par la fenêtre.

Une fois n'est pas coutume, je commence par le dessin. Ce n'est pas parce que Zep change d'univers qu'il abandonne son trait. on retrouve plusieurs caractéristiques des précédents albums. Si les personnages sont un peu plus morpho-ressemblants, on retrouve des lignes du visage (yeux, bouche) que l'on a connus avant. De la même façon, le découpage des planches reste similaire et le marquage des cases par la simple couleur de fond avait déjà été expérimentée. Rien de neuf sous le soleil, donc mais l'ensemble reste efficace et reconnaissable. On reprochera juste une ressemblance un peu trop marquée entre deux personnages qui peut porter à confusion (je sais, c'est un point sur lequel je suis pénible).

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Parlons un peu de l'histoire de ces quatre garçons qui se retrouvent dans le manoir de celui qui est devenu une star du rock. Zep met la musique en trame de fond de son histoire. C'est un domaine dont il est amateur et qu'il connaît bien. Du coup, ça permet de rajouter des pseudo-anecdotes à la vie dissolue de cette star et d'apercevoir des chanteurs réels croqués sous le trait du dessinateur suisse. Mais si la musique et le groupe de rock que formaient ces quatre personnes est la base de l'histoire, le scénario change pour aborder la vie et les drames des protagonistes. Si les destins se sont séparés à la rupture du groupe, les histoires finissent par se recouper, on s'en doute, pour faire éclater la vérité.

J'ai plein de petites choses à dire sur l'ensemble du scénario. D'abord, on a un personnage sous-exploité. Trop lisse, trop transparent, je ne sais pas si Zep ne savait pas quoi en faire mais le fait est qu'un des quatre hommes est limite inutile. Ensuite, l'ensemble de l'histoire est un peu fadasse. L'idée de base est franchement bonne. Sans en révéler ici la teneur, elle aurait toutefois méritée d'être un peu plus aboutie. On sent que l'auteur veut jouer sur les émotions, sur l'empathie avec le lecteur mais il manque un petit quelque chose pour que ce soit vraiment accompli. Le dénouement en est d'ailleurs symptomatique ; à vouloir émouvoir, ça tombe un peu à l'eau.

Zep a donc voulu changer de changer de style et écrire une histoire "de grands". Si le projet est louable, le scénario intéressant, l'ensemble reste pour moi inabouti et un peu bancal. On retrouvera le style graphique reconnaissable de Zep. Encore une fois, tout n'est pas à jeter dans cette histoire d'hommes. J'ai parfois été touché ou j'ai parfois souri, je l'avoue bien volontiers. Comme on dirait dans un casting musical "on sent qu'il y a du potentiel mais il faut encore travailler pour présenter un truc sympa."

Texte © Alfie's mec (pitch complètement pompé sur BD Gest') 2013
Couverture et planches (cliquez sur les images pour agrandir) : Une histoire d'hommes, Zep, Éditions Rue de Sèvres, 2013.