noyade en eau douceLew Archer, détective privé, est contacté par une jeune femme victime d'un maître chanteur. Alors qu'il se rend sur place pour enquêter, voilà la belle-mère de sa cliente qui meure, noyée dans la piscine de la luxueuse villa où toute la famille réside. Et voilà une double intrigue à élucider pour Archer.

Il y a un peu plus d'un an, je vous avais présenté Cible mouvante, premier roman dans lequel Lew Archer faisait son apparition. L'homme n'aura pas eu une longue carrière, puisqu'il est le héros de deux romans, le second étant celui, les plus perspicaces l'auront deviné, dont nous allons parler aujourd'hui !

Publié pour la première fois aux Etats-Unis en 1950, Noyade en eau douce ne sera traduit en français qu'en 2012 lors de sa publication chez Gallmeister. On peut regretter qu'aucun éditeur ne se soit penché sur Ross MacDonald avec 2012, car l'homme avait un réel talent narratif pour créer une ambiance et une intrigue. Car ce roman est avant tout une ambiance.

L'histoire se passe en grande partie la nuit, entre une petite ville de Californie et Los Angeles, deux nuits, deux univers, mais autant de noirceur d'un côté et de l'autre. A la suite de Lew Archer, on va écumer les bars et les boites de nuit plus ou moins fréquentables... Car si l'enquête démarre avec une histoire potentielle d'adultère, elle s'invite assez rapidement dans l'univers des sociétés pétrolières des années 40-50...

Il convient par ailleurs de féliciter le talent du traducteur qui réussit à conserver le style enlevé et parfois cynique de Ross MacDonald, conférant à l'ensemble une noirceur teintée de traits d'humour fort plaisant et offrant au lecteur un réel talent narratif.

"Elle évoluait sur une surface de la taille d'une pièce de 10 cents, et il lui tournait autour en faisant le paon, battant des bras comme un coq, sautant et trépignant. Il imprimait des mouvements de glissière horizontale à sa tête et à son cou, façon balinaise, dansait accroupi façon cosaque, inventait de nouveaux modèles de rotation des hanches, le tronc et les jambes secoués de frénésies rythmiquement décalées." (p. 100)

Assez classique dans la construction de son intrigue, Noyade en eau douce se lit pour son atmosphère, pour se replonger dans une époque où les jeunes femmes étaient soumises à leur mari, où les belles américaines filaient dans la nuit chaude de Californie, transportant des hommes aux cheveux trop gominés et planquant dans leurs poches des flingues, prêts à dégainer pour protéger leur petite fortune...

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Le mange-livre : "Une écriture d'une modernité étonnante, ironique et cynique, un privé qui ne verse pas dans les clichés faciles, des personnages complexes, un univers en soi."
  • Encore et toujours du noir : "C’est dans l’ensemble malin même si l’on sent parfois que les fils de l’intrigue sont à la limite de la rupture ou d’un emmêlement définitif."
  • Et hop, dans mon sac : "Alors peut-être que ma culture littéraire est limitée (certainement) mais honnêtement, jamais je n'aurais pu penser que ce que je lisais avait plus d'un demi-siècle d'âge... Ça sonne tellement actuel !"
  • Echappées : "Pas de téléphone portable, encore moins d'Internet et donc des méthodes de travail qui paraissent lointaines."

Texte © Miss Alfie 2013.
Édition présentée : Noyade en eau douce, Ross MacDonald, traduit de l'anglais (américain) par Jacques Mailhos, Éditions Gallmeister, Collection Totem, 2012, 278 pages.