poetegazaIl est agent des services secrets israéliens. Son job ? Faire parler des terroristes ou des proches de terroristes, par quelque moyen que ce soit, pour déjouer les attentats palestiniens. Un quotidien qui va être perturbé par une mission particulière : se rapprocher de Dafna, romancière israélienne, pour réussir à faire venir en Israël Hani, poète palestinien atteint d'un cancer en phase terminale. Hani n'est pas la cible des patrons de l'agent. C'est son fils qu'on recherche.

J'ai lu peu d'ouvrages concernant le conflit israélo-palestinien. Le seul qui évoque la question et dont je me souvienne avoir parlé sur ce blog est la BD de Guy Delisle Chroniques de Jérusalem. Le Poète de Gaza figure donc mon baptême avec la littérature israélienne.

En rédigeant le chapeau de cet article, les quelques lignes qui vous donneront ou pas envie de lire ce roman, j'ai réalisé que jamais au cours de l'histoire, nous n'avions connaissance du nom du héros. Il parle à la première personne, il est un agent des services secrets comme un autre, il peut être n'importe quel israélien, n'importe quel homme qui, derrière sa mission et sa loyauté à sa patrie, reste un humain pétri de convictions qui finiront par ressortir tôt ou tard...

Côté intrigue, rien de particulier à signaler. Yishaï Sarid nous livre une histoire plus proche d'un roman d'espionnage que d'un thriller. On découvre les ficelles et les manipulations nécessaires pour sauver des vies. Mais à aucun moment l'auteur ne prend parti pour l'une ou l'autre des causes. Fils d'un militant pour la paix, l'auteur laisse de côté les convictions politiques pour s'intéresser à des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, touchés directement, quoi qu'ils en pensent, par les conséquences de la création de l'Etat d'Israël, et ce quel que soit le côté de la frontière où ils se situent.

"Vous ne risquez pas d'atterrir là-bas. Ni vous, ni personne de votre connaissance, pas même en visite. Alors vous ne voulez rien entendre. Qu'on les enferme à double tour dans des cages, ces hommes-singes, il ne faut surtout pas qu'ils s'échappent, qu'on leur obstrue la bouche avec un chiffons pour qu'aucun cri ne filtre. Parce qu'il ne faudrait pas... - mon regard a soudain été piégé par une photo de famille dans un cadre, au bout de la table : un mari typiquement israélien, joli garçon, deux enfants en combinaison de ski sur fond de paysage alpestre - ... il ne faudrait pas que quelqu'un vienne dévorer vos jolies jambes, ou vos enfants, ou votre charmant mari." (p. 180)

Sarid nous offre le portrait d'un homme qui doute, de plus en plus, d'un homme qui ne semble plus comprendre pourquoi il est là, qui semble peu à peu s'interroger sur sa légitimité d'agent des services secrets dans un monde où il pourrait peut-être faire bien d'autres choses pour aider ses semblables. Le tout avec une excellente maîtrise du rythme de l'intrigue. Bon polar qui mérite son Grand prix de la littérature policière reçu en 2011.

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Le grenier à livres : "Un roman sans manichéisme qui ne m'a pas totalement emballée mais qui me semble important à lire pour tout ce qu'il montre sur les relations israélo-palestiniennes et sur la complexité de se situer dans le conflit en gardant ses valeurs et sa propre humanité."
  • Les facéties de Lucie : "Un roman qui sonde les coeurs de ceux qui vivent le conflit au jour le jour et évoque les frustrations, haines, regrets et espoirs qu'il fait naître chez les populations concernées, les vies perdues..."
  • Bric à Book : "On ressort sonné de ce policier."

Texte © Miss Alfie 2013.
Édition présentée : Le Poète de Gaza, Yishaï Sarid, traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz, Éditions Actes Sud, Collection Babel Noir, 2013, 263 pages.