MKCOUVLorsqu'elle débarque en Angola au milieu de l'année 1893, Mary Kingsley n'a connu que trois choses : son quartier de Londres qu'elle n'a jamais quitté, sa mère malade dont elle s'est occupée et les écrits de voyages africains d'un père toujours absent. Pourtant, à la mort de ses deux parents, elle embarque aussitôt pour une Afrique où sauvagerie, violence et horreur se côtoient selon les récits des explorateurs. Une Afrique dont elle ne connaît rien mais qui lui a volé son père !

Troisième épisode de notre série estivale consacrée aux grands explorateurs et le candiddat suivant est une candidate. On va pas se mentir, Mary Kingsley, ça ne me disait rien. Autant, exploratrice en Afrique, je mettais une pièce sur Diane Fossey et les gorilles, autant au 19è siècle, j'avais rien qui me venait en tête. Du coup, je me suis dit que cet album allait subvenir à ce manque cruel de culture générale. Grave erreur. Il n'y a rien dans cet album.

Les reproches sont multiples. On va commencer par le scénario pourtant signé Xavier Dorison, auteur de l'excellent Long John Silver. Il y avait moultes choses à dire sur cette femme aux idées révolutionnaires pour son époque, sur son engagement à délivrer les peuples africains de leur fausse réputation de cannibale, sur son voyage en lien avec l'échec de son père à trouver le Mont Cameroun. Pourtant, les scénaristes (puisque Dorison est accompagné d'Esteban Mathieu) s'attardent sur une vague bluette sentimentale et sur les petites péripéties du voyage. Même si cette romance n'est à la lecture du cahier de compléments visiblement pas impossible, elle résume l'histoire de Mary Kingsley à une histoires d'aventures dans une contrée tropicale, le tout au 19è siècle. Sauf que l'histoire de cette femme n'est pas un film d'Indiana Jones. J'ai pleinement conscience qu'il est sans doute difficile d'aborder des thèmes plus "sérieux" sur un one-shot mais n'en aborder aucun, ou alors très superficiellement, est quand même insuffisant.

MKPLVous me direz, tu es mignon, Christophe, tu te permets de critiquer le scénario alors qu'un paragraphe plus haut, tu nous disais ne pas connaître le destin de cette femme, est-ce que, par hasard, tu ne serais pas un peu en train de te fouttre de nous ? Je ne tremble pas et je réponds non. C'est vous qui êtes inattentifs, mes petits scarabées. Il y a dans cette collection pourtant intéressante un petit cahier de huit pages à la fin de chaque album qui apporte des élements biographique et graphiques à l'histoire. Du coup, par rapport au scénario, ce cahier apprend énormément plus que l'album en lui-même : sa famille, son voyage, son but, ses idées, tout est dans ces huit pages.

Autre reproche, les graphiques. A la lecture du fameux cahier, on voit un Mary Kingsley avec un visage sévère, rude. Les dessinateurs nous ont sortis... une bombasse : des formes généreuses, des lèvres pulpeuses, à peu près tout le contraire de ce que montrent les photos. C'est dommage, c'est un peu l'héroïne de l'histoire. A côté de ça, le dessin n'est pas désagréable et l'ambiance voulue par le scénario, tension, moiteur, etc. est convenablement rendue. Malheureusement, ça ne suffit pas à relever le niveau bien faible de cet album qui ne vaut que pour les huit pages de compléments qui permettent de connaître cette femme au destin exceptionnel.

Prochain et dernier épisode : Richard Francis Burton

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Texte © Alfie's mec 2013.
Couverture et planche : Mary Kingsley, Dorison, Mathieu, Dellac, Telo, Hostache, Editions Glénat (collection Explora), 2012.