la tristesse du samourai1941. Une femme attend un train dans une gare avec son fils. Elle pense pouvoir rallier le Portugal. 1981. Une jeune avocate est hospitalisée à Barcelone. Un inspecteur de police lui demande de lui confier tout ce qu'elle sait. 40 ans et bien des méandres pour lier ces deux femmes.

Parfois, on se lance dans des romans noirs quand il faudrait plutôt qu'on lise un petit Jane Austen avec de l'amour, de la jalousie et des jolies robes. Et du coup, on se retrouve avec des morts, des quasi morts, des torturés, des bourreaux et des dérangés du ciboulot. Le tout formant une atmosphère sombre un poil trop lourde pour moi en ce moment. (Les plus affûtés d'entre vous auront noté que ce n'est pas la première fois qu'une roman noir me fait cet effet récemment... On dirait que l'évolution des goûts en littérature n'est pas qu'une théorie...)

Pourtant, tout commençait plutôt bien. L'auteur nous emmène en Espagne, de 1941 à 1981, nous fait vivre plusieurs moments de l'histoire contemporaine du pays, et tisse peu à peu des liens entre les différents personnages, glissant quelques indices nous permettant de mettre en place (un peu trop rapidement d'ailleurs) le puzzle. Mais là où j'ai définitivement décidé d'accélérer la lecture du bouquin et de passer en diagonale sur certains passages, c'est quand, rendue à 150 pages de la fin (sur 350, soit aux 2/3), l'auteur nous donne une information capitale qui permet de terminer le puzzle. A partir de là, plus vraiment d'intérêt de continuer, puisqu'on connaît indirectement la fin grâce à la préface. Donner au début des éléments sur la fin, rien de mieux pour déconcentrer le lecteur et le voir se barrer avant la fin.

Du coup, l'intrigue, qui aurait pu être intéressante, devient secondaire. Les personnages n'ont pas un immense intérêt, sont globalement prévisibles dans leurs manipulations. Et l'aspect historico-politique aurait pu être largement plus exploité si l'auteur avait imaginé en amont être lu hors d'Espagne, par des néophytes en terme d'histoire espagnole. Et même moi qui suis plutôt friande de grande Histoire en parallèle à la fiction, j'ai assez peu saisi son intérêt, ne maîtrisant pas assez des événements a priori importants de l'Espagne mais trop rapidement suggérés.

Vous l'aurez compris : pas beaucoup de succès pour ce roman espagnol qui a sans doute pâti de mon état d'esprit du moment. Ceci dit, un vrai bon roman réussit justement à vous faire oublier tous les tracas parasites. Et celui-ci n'y est pas arrivé. CQFD.

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Le blog de Jean-Marc Laherrère : "L’impression qui se dégage tout au long de la lecture est qu’on a là du très beau boulot. Peut-être pas LE roman qui vous fait crier au génie absolu, mais le style de polar impeccable qui nous fait tant aimer le genre."
  • Lettres exprès : "J'ai été gênée aussi par l'écriture, qui a de beaux accès lyriques par moment, mais qui trop souvent accumule les adjectifs et les effets de style visant à donner une couleur des plus glauques."
  • La cause littéraire : "On cherche, dans ce roman qui se veut foisonnant mais qui n’est que mal ficelé, un fil à suivre, justement, à tirer."
  • De ma plume à vos oreilles : "L’histoire d’Espagne n’est qu’un décor aux péripéties du roman : elle a bien sûr une explication aux comportements de certains, aux combats, aux guerres et autres batailles, mais au fond, je n’y ai pas accordé d’importance, et cela n’a pas gâché ma lecture."

Texte © Miss Alfie 2013.
Édition présentée : La Tristesse du Samouraï, Victor Del Arbol, traduit de l'espagnol par Claudie Bleton, Éditions Actes sud, Collection Actes noirs, 2012, 351 pages.