la fortune des rougonLe 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte organise un coup d'Etat qui provoquera la chute de la IIe République et l'avènement du Second Empire. A Plassans, ville de la province provençale, les Républicains tentent d'organiser la révolte et espèrent monter sur Paris, Silvère Mouret et Miette à leurs côtés. Pour Pierre et Félicité Rougon en revanche, c'est peut-être l'occasion d'accéder enfin à cette société tant enviée...

Avant de vous parler de cette lecture, je dois vous confesser mon amertume pour la littérature classique et les mauvais souvenirs que je garde de Zola, lu comme bon nombre de lycéens pour le bac de français sans en saisir à l'époque toute l'envergure. Quelques années et une bonne dose de maturité plus tard, j'ai décidé, alors que je passais ce cap tant redouté de la trentaine, qu'était venu le temps de conjurer le sort et de (re)découvrir Emile Zola et son oeuvre majeure, les Rougon-Macquart. Pour bien en saisir l'intérêt, j'ai opté par une lecture chronologique, commençant par le roman que Zola lui même considérait comme celui des origines : La Fortune des Rougon.

Je ne vais pas vous mentir, les amateurs de page turner et de lecture distrayante passeront leur chemin et se rendront directement dans le supermarché le plus proche pour trouver du léger, du frais, autant dire de l'estival écervelé. Cependant, une fois qu'on aborde Zola en connaissance de cause et en se disant qu'il n'est pas uniquement un tortionnaire de lycéen, on peut y prendre du plaisir. Oui, du plaisir, j'ose le mot. Parce que Zola, c'est un auteur de talent. Un homme qui savait utiliser des mots comme "amphigourique", "ladrerie" ou encore "panégyrique". Un homme qui inscrit sa saga dans un véritable contexte historique et politique. Un homme qui nous dépeint une famille qui va évoluer sous le Second empire avec ses deux branches : les Rougon, enfants légitimes de la vieille Adélaïde Fouque, et les Macquart, les bâtards nés de sa liaison avec un braconnier ivrogne.

Ce roman me paraît essentiel si l'on veut comprendre les autres romans puisque Zola y pose le péché originel de cette famille aux ramifications multiples. Le petit arbre généalogique annexé à l'édition que j'ai lu n'est d'ailleurs pas de trop pour saisir qui est qui dans cette famille où l'argent semble le nerf de la guerre, qu'il soit recherché pour l'ascension sociale qu'il offre ou tout simplement pour être bu au café du coin. Chaque personnage est décrit avec minutie, tant d'un point de vue physique que sur le plan psychologique. S'il le peut, Zola nous donne même des indications concernant son cadre de vie et ses ascendants. On voit bien se dessiner l'importance de son postulat naturaliste.

Cette lecture terminée, je ne peux que regretter qu'on fasse découvrir Zola à des lycéens aujourd'hui peu attirés par la littérature. Zola n'est pas forcément aisé d'abord. Ses phrases emploient des mots aujourd'hui oubliés, des tournures parfois désuètes, et il faut un minimum de maturité et de patience pour saisir tout l'intérêt sociologique et historique de ses romans. Heureusement, le principe des Classiques de la littérature est de devenir intemporel. Et lorsqu'on s'y replonge quinze ans plus tard, on peut finalement faire de belles découvertes... Une aventure à suivre...

Ce qu'on en dit ailleurs :

  • Mille et une pages : "Mais quelle langue, quelle puissance, quelle recherche de mots ciselés et parfaitement choisis."
  • Notes de lecture : "Que ce soit l'une ou l'autre branche, leur portrait n'est pas des plus reluisants. Chacun apparaît sans scrupule et prêt à tout pour réussir."
  • Des galipettes entre les lignes : "C’est donc un plaisir mêlé de curiosité que de lire ce premier volume, d’autant plus que je connais certains tomes de cette saga et que j’ai hâte de découvrir certains personnages à peine esquissés."

Une lecture qui s'inscrit dans le challenge "Relisons les Rougon-Macquart" de Lili Galipette, George et Miss Bouquinaix !

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Texte © Miss Alfie 2013.
Édition présentée : La Fortune des Rougon, Emile Zola, Éditions Livre de Poche, 2004, 475 pages.