TTDSCOUVEn 2006, une bande de délinquants de banlieue enlève un jeune homme et exige une rançon à sa famille. Le montant réclamé est beaucoup trop élevé pour le milieu modeste dont la victime est issu, mais le choix des agresseurs s’est porté sur lui car il est juif et supposé riche. Le récit de 24 jours de séquestration, de brutalités et de guerre psychologique qui conduiront à la mort du garçon.

Que je vous raconte ma "rencontre" avec Morgan Sportès puisque j'ai eu la "chance" de rencontrer ce garçon. Ca se passe à Lyon, en 2012, lors du salon des Quais du Polar. J'avais entendu du bien de ce bouquin qui retrace l'histoire de ce que les journalistes ont appelé "le Gang des Barbares". Du coup, je me suis dirigé vers la table où était assis l'auteur quand soudain... Soudain surgit une femme qu'en temps utile, j'aurais bien qualifié de charmante quoique surmaquillée si elle n'avait eu un comportement d'odieuse connasse. Elle passe devant moi et commence à taper la discussion avec l'auteur dans les yeux desquels je crois lire un peu de stupéfaction. Elle parle, elle parle, lui arrive péniblement à placer deux trois bricoles. Bon, parler sans laisser respirer son interlocuteur, vous allez me dire, c'est le comportement normal d'une femme mais là, c'en était insupportable. Et là, d'un coup, elle se retourne et elle me regarde en disant "Oh, excusez-moi, je vous laisse..." mais on sentait bien dans son regard qu'elle me disait "hé ben, trou du cul, tu croyais pas que j'allais attendre, hein ?". Alors, je ne sais pas si elle était attachée de presse, éditrice ou je ne sais quoi mais c'était une po... co... nan mais je vais encore être vulgaire et ma maman, elle aime pas que je dise des gros mots dans mes chroniques.

Bien, venons-en aux faits. Morgan Sportès a mené une longue enquête autour des différents membres de ce foutu gang. Malgré tout, comme je suppose qu'il y a une part de roman, de fiction, l'auteur a pris le soin de modifier légèrement les noms afin d'éviter tout souci. Ainsi, Yousouf devient Yasaf, etc. L'auteur établit les portraits psychologiques des différentes intervenants. Autour d'un chef qu'on voit peu confiant en lui, dépourvu de toute organisation cohérente, blindé de préjugés débiles et final, passablement stupide gravitent toute une tripotée d' "hommes de main" et d'appâts. Ce qui est dramatique dans cette histoire, c'est que les seconds couteaux se rendent compte au fur et à mesure de la tragédie qui est en train de se nouer quand le chef reste sur ses positions, convaincu que la famille de l'otage finira par payer la rançon qu'il exige. Ils ne sont d'ailleurs pas forcément partants dans cette opération mais ils sont sous le joug d'un personnage qui se donne une prestance et une autorité qu'il n'a en fait pas. La description des caractères est fine, précise et le travail d'enquête se ressent dans ces écrits.

Ce qui est également la force de ce roman, c'est l'écriture clinique des faits. Aucun sentiment ne transparait. Des phrases courtes, un style narratif proche de l'oral, un langage qui s'adapte au personnage qu'il décrit. Ca fait donc la force du roman, donc, mais ça en est terrible à la lecture. Ca renforce la barbarie mais aussi l'absurdité complète des faits et des comportements décrits. Au final, on lit un récit glaçant dans lequel tous les personnages glissent sur une pente glissante pour aboutir au drame que l'on sait, le tout autour d'un chef qui tient plus du bras cassé qu'autre chose.

Texte © Alfie's mec 2013.
Edition présentée : Tout, tout de suite, Morgan Sportès, Edition Livre de poche, Collection Littérature & Documents, 2012, 432 pages.