JMCOUVÀ Barcelone, dans une pièce vide, deux hommes sont ligotés : Jazz Maynard et Téo subissent un interrogatoire musclé, confrontés à des molosses américains. Exilé à New York, Jazz n’était pas revenu dans sa ville natale depuis dix ans. Mais trois jours plus tôt, il a reçu un courrier désespéré de sa sœur, aux prises avec une bande de mafieux après être partie à la recherche de son frère.

Mise en situation. Je suis chez le dealer, normal, je traînasse entre les rayons quand je vois cette grande intégrale d'une histoire et d'un héros que je ne connais pas. "Tiens, c'est quoi, ça ?" m'enquiers-je auprès du-dit dealer (du Didi, du Didi... Khaled, si tu m'entends, nous, on ne t'entend plus. Et c'est pas grave, hein, ne reviens pas !). "Oh ? Tu ne connais pas Jazz Maynard ?" me répond alors le dealer, tout surpris qu'il est de mon inculture que je ne cesse pourtant d'étaler à longueur de mes visites dans son antre. "Ben non" complèté-je de mon air ahuri qui me va si bien. "Ah bah, c'est vachement bien, c'est du bon polar, et ce, malgré la couverture qui pourrait t'indiquer que ça va causer musique", me précise mon revendeur. Enfin, je ne suis pas sûr qu'il ait dit ça. En fait, c'est moi qui paraphrase un peu et qui me permet tout de suite d'indiquer à mon lectorat averti qu'un bouquin avec un gugusse qui tient une trompette dans les mains en couverture ne parle pas de musique. C'est juste un hobby du héros. Du coup, oui, bon, d'accord, on le voit jouer de la trompette mais c'est pas l'essentiel de l'histoire. C'est un hobby. En fait, Jazz, son truc, c'est plutôt de jouer des pieds et des poings. Dans la gueule des méchants qu'il a en face de lui, essentiellement.

JMPLAlors, oui, c'est un polar qui se passe dans un quartier pas super hype de la capitale catalane. Barcelone, oui, tout à fait, je vois que les esprits avertis auront noté que l'album s'appelle "trilogie barcelonaise", déduisant de facto que l'histoire ne se passe ni à Valparaiso, ni à Ouarzazate. Mais c'est parce que les auteurs ne savaient pas comment s'appelaient les habitants de ces deux bourgades, c'est un simple détail. Dans ce polar, plein de choses sympas : de l'action, des méchants, de la corruption, de la politique, de la baston, des filles, un peu de sexe (mais vraiment un tout petit peu) et surtout, élément essentiel pour moi, une histoire pas trop compliquée à comprendre. Sinon, je prends le fameux air ahuri dont je parlait tout à l'heure auquel je rajoute un sourcil, généralement le gauche, que je mets en accent circonflexe (le petit chapeau chinois pour ceux qui n'auraient pas dépassé la classe de CM1) pour signifier que non, là, vraiment, je suis à la rue. Donc, du coup, sur l'ensemble, on a quand même un bon scénario, bien ficelé, bien nerveux, bien comme il faut.

Côté dessin, c'est classique mais plutôt sympa. Le détail à la con qui m'a vaguement ennuyé, il y a deux personnages qui se ressemblent quand même méchamment. Donc  quand il ne se présente pas, vous me voyez venir, air ahuri, sourcil, toussa. Bon, ça reste un détail, hein, ce n'est pas rédhibitoire (et quand je dis rédhibitoire...). A côté de ça, le dessin, dynamique puisque les scènes d'action sont plutôt bien foutues. Travail intéressant sur les ombres et les couleurs qui rendent bien l'atmosphère "chaude" du quartier. J'ai aussi noté le petit détail sympathique qui fait que tous les albums ont leur première case sur le même format et avec un contenu similaire. Anecdotique mais rigolo. Au final, Jazz Maynard est un bon polar, soigné et bourré de qualité que sauront apprécier les amateurs du genre.

Texte © Alfie's mec 2013.
Couverture et planche (cliquer pour agrandir) : Jazz Maynard, une trilogie barcelonaise, Raule & Roger, Éditions Dargaud, 2012 (pour la version intégrale)