qdoPendant environ 6 mois, Florence Aubenas se glisse dans la peau d'une femme au chômage, sans diplôme et sans expérience à la recherche d'un travail dans la région de Caen. Un reportage pour témoigner des difficultés actuelles du monde du travail.

L'idée de base du reportage est intéressante. Vivre au plus près la précarité de certains travailleurs de notre époque. Se mettre dans la peau d'un tel travailleur. Pour la journaliste, l'expérience a duré six mois. Pour être totalement franc, j'ai un peu de peine à croire que l'immersion fut totale. J'imagine que sa situation personnelle est relativement confortable et que, quoiqu'il pût advenir au cours de cette expérience (et bim, un petit subjonctif !), Florence Aubenas aurait toujours de quoi voir venir. On a d'ailleurs peu l'occasion d'avoir des détails sur les conditions de vie, hormis une description succincte de l'appartement. Le reportage est surtout axé sur les conditions de travail dans les entreprises de nettoyage dans lesquelles échoue la journaliste et sur les relations avec l'agence Pôle Emploi.

Pas de grandes surprises dans les faits relatés. Pression des supérieurs pour une rentabilité accrue, ouvriers considérés comme des mouchoirs jetables ("il y aura toujours quelqu'un pour prendre votre poste"), accumulation de petits contrats pour tenter de subvenir à ses besoins, peu de CDI à temps plein, la difficulté des personnes d'un certain âge à trouver un emploi, bref, les caractéristiques du monde du travail ouvrier actuel. Pas de grandes suprises, certes mais c'est toujours difficile de le lire, de se dire que ça existe ici, en France, à côté de chez nous. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser aux deux nanas qui font le ménage dans ma boîte deux fois par semaine. La plume de Florence Aubenas est délicate, fluide et simple, comme de l'oral rapporté. Ca ne cherche pas à être de la littérature mais un simple récit d'expérience.

Autre aspect qui m'a interpellé. A certains moments, j'ai pensé que Florence Aubenas considérait ses collègues et fréquentations avec mépris et/ou condescendance. Evidemment, ces personnes n'ont pas de diplômes, une culture générale pas ultra développée et des références limitées. Ce n'est pas une raison suffisante pour agrémenter le récit de petites remarques sarcastiques. C'est toutefois ponctuel et ce n'est pas le fond du récit. Le Quai de Ouistreham décrit la vie des travailleurs précaires et des chômeurs et, à ce titre, se révèle un reportage qui laisse à réfléchir.

Texte © Alfie's mec 2013.
Couverture : Le Quai de Ouistreham, Florence Aubenas, Éditions Points, 2010