JPNCOUVL'auteur balance le titre de son futur livre à son éditeur : "Je suis un écrivain japonais". Du coup, pour étayer un petit peu le propos, il décide de fréquenter les milieux japonais de Montréal puisque ce brave homme habite Montréal.

Si vous avez bien tout suivi, il y a quelques jours, dans une précédente chronique, je vous avais parlé des chroniques qu'on prend plaisir à écrire et que j'en avais une sous le coude. Voilà, hé ben, c'est celle-là. Asseyez-vous confortablement, évitez le pop-corn (ça fait du bruit et c'est pas bon pour ce que vous avez) et profitez, ça va défourrailler sec. Première remarque, ce livre m'a été envoyé par les éditions du Livre de Poche. Pour ceux qui ne connaissent pas, ça s'appelle un "service presse". Pour ceux qui connaissent, c'est donc un "service presse", en fait. Bien, que je vous raconte toute l'histoire... L'éditeur contacte la miss en disant "coucou jolie demoiselle, je vous propose une liste de bouquins, vous en choisissez un, je vous l'envoie et vous écrivez une jolie chronique dessus." Le principe du service presse, donc, si vous suivez. Quand la miss m'a envoyé la liste en disant dépitée "mouarf, y'a rien qui me tente, fais-toi plaisir", j'aurais du me méfier un peu plus. Mais moi, misérable cloporte attiré par l'appât du gain et la lecture à peu de frais, j'ai lu les résumés de livres proposés et me suis jeté comme un malpropre sur celui qui m'inspirait le plus parce que ça parlait d'humour et d'ironie et que je me suis dit que j'allais bien rigoler en ces temps de crise, c'est vrai, quoi, c'est pas facile tous les jours. Bref, j'étais plein d'entrain et de joie et la miss m'a alors précisé "Ah, au fait, la chronique, c'est pour le 2 janvier..." Alors, le dernier qui m'a imposé une deadline pour lire un bouquin, c'était mon prof de français. Et j'aimais pas ça. Vingt ans plus tard, j'aime pas beaucoup plus. Forcer les gens à lire, c'est mal, c'est pas comme ça qu'on fait aimer la littérature. La miss a vu mon air renfrogné et a précisé "Bon, j'ai dit que pour le 2 janvier, ça risquait d'être un peu rik-rak..." Soit.

Surtout pour lire ça, en plus, foutre dieu, c'est vous dire la misère !! Première précision, je n'ai pas fini le livre. Ca vous donne une idée de l'intérêt du truc. Alors, pour vous dire, l'auteur est haïtien et vit à Montréal. Je le précise parce que je l'ignorais pendant ma lecture. Du coup, je l'imaginais, l'écharpe au vent, sillonnant Saint-Germain-des-Prés, le stylo à la main à la recherche de l'inspiration au coin d'un de ces bstrots branchés où le café en terrasse se vend au prix du kilo de caviar. Pour résumer en un seul mot, c'est ennuyeux. Et je dis ennuyeux parce que je suis poli, ma maman lisant cette chronique et, surtout, l'éditeur (moins important que ma maman mais éditeur du livre qu'il m'a envoyé et que je chronique donc personne importante quand même) lisant également cette chronique. Du coup, vous êtes un peu déçus, je le comprends, d'autant que je vous annonçais en préambule que ça allait envoyer du petit bois. Bon, tout en restant poli, je vais essayer de préciser mon propos. Je n'essaierai pas de préciser le propos de l'auteur puisqu'il n'y en a pas.

Déjà, il ne se passe rien. C'est le quotidien absolument lénifiant d'un auteur qui recherche du contenu pour un livre qu'il va écrire. Alors, il parle d'un poète japonais et de ses écrits, d'un groupe de japonaises qu'il rencontre dans un bar branché. La description du groupe de japonais vaut son pesant de cacahuètes. C'est Amour, Gloire et Beauté intellectualisé. Amour, Gloire et Beauté, déjà, c'est difficilement supportable, alors quand en plus, on te pond une version intello "Machin aime en secret Bidule parce que ses réactions envers le troisième larron indique le le troisième larron aimerait se rapprocher de Bidule sauf que Machin aime Bidule", oh la laaa, allez me chercher une corde, pitié, c'est péniiiible. C'est écrit dans un style casse-couillo-ampoulé très spécifique à la littérature bobo que dénonce Pascal Fioretto dans l'excellent Rivegauchez-vous ! Autant vous dire que "ça" après avoir lu le Fioretto, c'est prendre le manuel du parfait contre-exemple de ce qui était dénoncé dans le bouquin lu trois mois plus tôt. Pour compléter mon propos, j'ai lu un passage à la miss et à un ami de passage à la maison et leur regard dissimulait mal la consternation vis-à-vis de ce qu'ils venaient d'entendre. Pour la peine, je vous mets l'extrait en bonus à la fin de la chronique.

Bref, je suis parti avant la fin. Pour être précis par rapport à ceux qui auraient lu le livre et l'auraient a-do-ré (donnez-moi vos coordonnées, la Citadelle de Besançon recherche toujours des espèces en voie de disparition), je suis parti au chapitre suivant la scène de cul. Même là, grosse déception... Une scène de cul, ça peut être sympa quand c'est bien écrit, que tu as une intensité croissante jusqu'au dénouement. Là, la scène ne déroge pas au reste du roman, c'est écrit de façon intello. Ca se fait dans une baignoire, tu te dis, "mmmh, ça peut être sympa..." Que dalle, n'oublie pas que c'est le mec qui fait l'amour avec sa tête et qui pense à intellectualiser l'acte sexuel. Juste n'importe quoi. Même pas une éjaculation faciale, c'est vous dire la déception. Bon, bref, passons à autre chose et oublions vite vite ce bouquin.

Bonus extrait : "Devrais-je choisir entre Basho et cette femme qui arrive à l'instant ? Entre ce passé qui me fascine tant et ce présent si chaud, si vrai, si vivant ? L'un et l'autre m'attirent. Peut-on garder les deux ? C'est mon drame personnel. Je glisse sous l'eau. Le présent est déjà dans l'escalier."

Texte © Alfie's mec 2013 (sauf le bonus, il est pas de moi, faut pas déconner)
Couverture : Je suis un écrivain japonais, Dany Laferrière, Éditions Livre de Poche, 2012.