ToiSur une autoroute bloquée par la neige, un homme sort de sa voiture et assassine une grosse vingtaine de personnes. Le mythe du Voyageur est né. A Berlin, cinq adolescentes se retrouvent impliquées un peu par hasard (mais pas trop) poursuivies par un groupe de traficants locaux. De Berlin jusqu'au fon d'un fjord norvégien, le suspense sera haletant.

Bien, bien, bien... Je suis toujours mal à l'aise quand il s'agit d'écrire une chronique sur un bouquin qui m'a laissé mi-figue mi-raisin (et re-mi-figue derrière) et qui vient après un premier bouquin du même auteur qui m'avait plutôt très bluffé. Zoran Drvenkar, en plus d'avoir un nom qui rapporte un paquet de points au Scrabble si peu que tu le colles sur un mot compte triple, avait écrit Sorry qui était donc très bien. Et là, bon, voilà, déception. Alors, je ne sais pas trop comment aborder tout ça. Parce qu'un bouquin que t'as pas aimé mais vraiment pas du tout, c'est beaucoup plus facile et même beaucoup plus rigolo. J'ai une chronique qui va venir dans les prochains jours, je sais que je vais m'amuser à la rédiger. Là, moins.

Déjà, pour que je rentre dans un thriller, pour que je sois à fond dans l'histoire, j'ai besoin de croire à l'histoire. Même si c'est invraisemblable, original ou quoi que ce soit, si c'est bien foutu et que j'arrive à y croire, c'est gagné. Là, je n'y crois pas. Autant, l'histoire du Voyageur qui bute vingt personnes par vingt personnes quand ça lui chante parce qu'il a un instinct qui se réveille ou une connerie du genre, ça passe. Mais les gamines de 15-16 ans qui se retrouvent dans une sorte de trafic de drogue dont une qui devient addict aussi vite qu'elle se désintoxique, qui volent et conduisent une voiture super facilement pour se retrouver en Norvège sans éveiller chez les autorités ou les parents le moindre soupçon, c'est bof, quoi. Donc, à la lecture, y'avait toujours un de mes deux sourcils en forme de petit chapeau (l'accent circonflexe, toutafé) qui traduisait ma perplexité devant l'histoire, histoire qui se termine dans un dénouement assez bizarre, trop hollywoodien dans son ambiance pour être, là encore, suffisamment crédible.

Parlons maintenant de la fameuse originalité stylistique qui surgit dès le titre. L'ensemble du roman est rédigé à la deuxième personne du singulier, comme si un observateur omniscient, qui sait tout sur tous les personnages leur racontait leur histoire et leurs aventures. Ce qui était dans Sorry beaucoup plus ponctuel et qui, de fait, donnait un certain cachet à la forme perd ici tout son sens en étant généralisé à l'ensemble du livre. La terreur, l'intimité avec le Mal, bref, ces sensations désagréables mais excitantes à la lecture qu'on avait dans Sorry ne viennent pas ici puisque, passés les premières pages et l'acclimatation à cette spécificité, le lecteur est rôdé est l'assimile sans que ça ne modifie sa perception des évènements.

Du coup, je suis obligé de reconnaître que j'ai été passablement déçu par le deuxième thriller de Zoran Drvenkar que Sonatine annonçait comme encore plus palpitant que le premier paru en France. Tout n'est cependant pas à jeter. La construction chronologique du roman est très particulière, jonglant sans cesse sur l'échelle du temps en trompant le lecteur qui, une fois que toutes les pièces du puzzle lui sont connues, remet tous les évènements dans l'ordre et adresse un petit clin d'oeil entendu vers l'auteur pour dire "Hiiiin, maliiiin, j'ai enfin compris comment ça se goupillait...". Cette construction est très déstabilisante dans la mesure où on ne comprend pas forcément tout tout de suite mais bien foutue puisqu'on retombe quand même sur ses pieds sans avoir à aller relire quelques pages en arrière pour se souvenir d'épisodes capitaux. Ce sera le point positif de ce roman, tout n'est pas à jeter, je ne suis pas une ordure complète.

Texte © Alfie's mec 2013.
Couverture : Toi, Zoran Drvenkar, Éditions Sonatine, 2012