eux sur la photoUne petite annonce dans Libération, et Stéphane écrit à Hélène. Oui, son père était à Interlaken dans les années 60. Pourquoi le recherche-t-elle ? Une longue correspondance s'amorce alors : Hélène a peut-être la possibilité de découvrir l'histoire de sa mère morte alors qu'elle n'avait que trois ans.

J'avais entendu parler de Eux sur la photo sur quelques blogs, et lorsque ma mère m'a annoncé qu'on le lui avait offert, j'ai saisi l'occasion pour découvrir ce roman très original dans sa forme. Le fond se base sur un thème assez classique, à savoir les secrets de famille, mais c'est vraiment l'angle d'approche de l'auteur et la forme que prend son récit qui donne à ce roman son intérêt majeur.

Le livre s'ouvre sur la description minutieuse, quasiment chirurgicale d'une photographie. Deux hommes et une femme, victorieux d'un tournoi de tennis. Des descriptions similaires parsèmeront le livre, dès lors qu'une photographie ou qu'un document surgira dans la quête que vont entamer Hélène et Stéphane à la recherche du passé familial. J'ai trouvé ces descriptions très intéressantes car elles font se dessiner devant les yeux du lecteurs ces photographies. Ce n'est plus le texte qui prime mais l'image qui se compose... Par ailleurs, en "excluant" ces descriptions de la correspondance, Hélène Gestern nous propose des pages dénuées d'émotions, de subjectivité. Aucune hypothèse n'est posée, il n'y a qu'une description, mécanique.

Car l'émotion et les hypothèses, c'est dans la correspondance d'Hélène et Stéphane que nous les retrouveront. Ces deux êtres que tout sépare à l'origine vont être amené à échanger. On voit encore une fois à quel point il peut parfois être plus simple de livrer par écrit à un parfait inconnu nos peurs et nos angoisses... Par ailleurs, Hélène Gestern n'hésite pas à utiliser tous les modes de correspondance actuels, de la lettre manuscrite au texto, en passant évidemment par le message électronique... Cette correspondance retranscrite au lecteur crée d'ailleurs par moment une frustration importante puisque les échanges téléphoniques ou les rencontres entre Hélène et Stéphane ne nous sont pas retransmis !

Si l'intrigue, bien qu'agréablement menée et avec suspense, reste assez classique, la forme de Eux sur la photo mérite qu'on découvre ce texte. Une belle et originale plume qui revisite une thématique fétiche des écrivains.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Eux sur la photo, Hélène Gestern, Éditions Arléa, collection 1er Mille, 2011, 273 pages.