UHCFille de Ministre qui a grimpé l'Annapurna, c'est pas facile tous les jours.

Bien, maintenant que j'ai fait le résumé de livre le plus court du monde (après celui-là mais je n'atteindrai jamais le ratio extravagant "longueur de chronique / longueur du résumé" de Clément, l'autre chroniqueur mâle de ce blog magnifique que je ne cesse de promouvoir auprès de tout un chacun), passons à la chronique à proprement parler. Pourquoi ce livre ? Parce que j'en ai entendu parler à plusieurs endroits : l'Equipe Magazine, le Grand Journal et sans doute aussi la radio. Toutes les interviews étaient essentiellement axées par le remise en cause de la véracité de l'ascension de l'Annapurna par Maurice Herzog en 1950. On va vite évacuer le sujet, c'est trois pages dans le livre, c'est rapidement expédié, ce sont des hypothèses émises par l'auteure. Autant vous dire que si vous cherchez la vérité sur l'ascension de l'Annapurna, passez vite votre chemin, lâche-moi tout de suite ce livre, il n'est pas pour toi.

En fait, au fur et à mesure de la lecture et jusqu'à environ les deux tiers du roman (puisque c'est caractérisé ainsi), je regardais la photo de la jolie demoiselle qui figure sur le bandeau et je lui demandais "Pourquoi ? Hein, pourquoi t'as écrit ça ? Ouske tu veux donc en venir, mon petit chaton ?" Bon, j'avoue, ce n'est pas exactement comme ça que ça se passait. D'autant plus que les bandeaux sur les bouquins, ils terminent à la poubelle, le plus souvent avant même que j'ai commencé à lire le livre. Bref, la question de la justification de ce roman se pose longtemps avant que la dernière partie du livre ne s'apensantisse sur la destinée du frère de Félicité Herzog.

Et là... Attention, lecteur, à ce stade de la chronique, tu vas avoir le droit à de la psychologie, voire à une analyse pointue du roman, chose que je ne fais que rarement puisque bon, je ne comprends pas toujours tout (voire parfois carrément rien) et/ou j'analyse que basiquement mes lectures et/ou tu n'en as strictement rien à faire d'une analyse un peu poussée parce que bon, quand même tu as d'autres problèmes plus importants, tu me fais déjà l'honneur de lire cette chronique, tu vas pas non plus t'enquiller des analyses lénifiantes, tu veux juste savoir si le livre est bien ou pas, s'il conviendra à toi, ta gentille maman ou ta mémé arthritique. Et là, en fait, le héros n'est en fait pas celui qu'on croit. Au travers du prisme de la relation père-enfant difficilo-inexistante et de l'histoire familiale, Félicité Herzog cherche à exorciser une enfance sans doute pas facile tous les jours et à réhabiliter un frère que des troubles psychologiques ont rendus violent et paranoïaque. Le héros est ce frère qui aura voulu atteindre des sommets dans la réussite sociale comme son père avait atteint des sommets de l'alpinisme et dont la chute sera d'autant plus rude. T'as vu la comparaison ? T'as vu ce style avec lequel je te fais ma chronique. Note que je l'ai trouvé tout seul et que si tu le trouves ailleurs, je peux te jurer sur la tête de qui-tu-veux que j'ai pas copié. Et puis, si tu lis le livre, tu noteras une pointe d'humour noir et de cynisme dans ma phrase magnifique. Mais je ne te dirai rien, merde, quoi, il faut un peu de suspense. Bon, ceci dit, la lecture de la quatrième de couverture, qui parle ouvertement de ce frère disparu et moins du père déflore un peu cette analyse pourtant si pointue et élaborée.

Je touche un mot, quand même, sur l'écriture. C'est beau, c'est fluide, c'est léger, c'est doux, c'est féminin. Ca fait plus qu'un mot, je sais. Je m'explique. C'est très bien écrit, il faut l'avouer. Même si c'est parfois un peu trop ampoulé, Félicité Herzog écrit avec douceur toute féminine et une fluidité qui rendent la lecture forcément agréable. Deux trois passages sont relativement impudiques et détonnent d'avec le reste, un en particulier relatant un échange entre elle et son père muni d'un appareil photo au bord d'une piscine. Au final, ce livre écorne l'image de Maurice Herzog en faisant de lui un coureur de jupons se servant d'un hypothétique exploit d'alpinisme comme principal outil de séduction (le garçon y a laissé des doigts et des orteils, en terme de physique avantageux, ça se pose là) et tente de réhabiliter un frère disparu trop tôt le tout avec délicatesse. Par contre, une question demeure. Pourquoi "roman" alors que tout est là pour qualifier cet ouvrage d'autobiographie. Où sont les éléments de fiction ? Dans la remise en cause de l'ascension de l'Annapurna ? Tout y est écrit avec le conditionnel et à grands coups de peut-être. Dans certains faits trop personnels pour être vérifiés ? Dans le comportement de la famille de sa mère avec l'occupant allemand pendant ces cinq années d'amitié franco-allemande que fut la Deuxième Guerre Mondiale (je dis Deuxième car la Troisième est pour bientôt) ? Jamais Félicité Herzog ne nous livre d'éléments pouvant nous aider à dénouer le vrai du faux. Du coup, on peut légitimement se poser la question de savoir si le dézinguage de l'un pour réhabiliter l'autre est légitime et justifié. Ce que je fais tout en retenant la grande qualité de cet ouvrage. Je te refais une deuxième analyse. Dans la même chronique. Je te gâte. Noël avant l'heure.

Texte © Alfie's mec 2012.
Couverture : Un héros, Félicité Herzog, Éditions Grasset, 2012