GDACOUVAlan Ingram Cope a 16 ans quand le Japon attaque Pearl Harbor. Il ne sait pas plus que ça ce qu'est Pearl Harbor ni les conséquences que cette attaqua va avoir sur sa vie. Lorsqu'Emmanuel Guibert rencontre Alan Cope à la fin des années 90, ce dernier vit des jours tranquilles en France. Leur rencontre va déboucher sur de longs échanges. Alan Cope va raconter à Emmanuel Guibert comment il a vécu la Deuxième Guerre Mondiale. La guerre d'Alan, donc.

J'ai acheté cet ouvrage alors que sort actuellement L'Enfance d'Alan qui, comme son nom l'indique, s'intéresse à l'enfance d'Alan Cope. Sauf que moi, personnellement, là, au moment où j'ai les deux ouvrages sous le nez, c'est plutôt la Guerre d'Alan qui m'intéresse. D'autant que se présente à moi l'exemplaire de l'intégrale en grand format de cette histoire parue initialement en trois tomes chez l'Association. Bref, j'ai craqué. Et j'ai lu. Parce que ça se lit vite. Pour te dire (on se tutoie, maintenant, hein ?), mon papa qui est venu passer un week-end à la maison l'a quasiment terminé alors que bon, on n'était pas tout le temps dans le canapé à bouquiner. Et pourquoi ça se lit vite ? Hein ? Parce que ça se lit bien. Parce que c'est passionnant, parce que c'est bien foutu. Parce que, bref, ce bouquin est un monument. Pour te dire, Emmanuel Guibert, c'est lui qui, avec la complicité de Didier Lefèvre avait pondu Le Photographe, autre série indispensable (également sorti en intégrale chez Aire Libre).

GDAPLLe découpage en trois tomes de cette histoire part d'un bête constat chronologique. La première partie est consacrée à l'enrôlement et la formation de Cope dans l'armée américaine, la deuxième partie raconte la guerre à proprement parler et la dernière partie sur l'après-guerre et les différentes étapes de la vie de Cope. Dans la globalité, l'ouvrage est remarquable puisqu'il raconte l'histoire particulière d'un soldat de base comme il en a existé des millions pendant cette guerre sans que l'histoire ne ressemble à tous les films ou séries qui ont pu être produits depuis. Oubliez le soldat Ryan ou Band of Brothers. Remémorrez-vous plutôt Jarhead si vous l'avez vu, un film sans prétention mais plutôt pas mal sur la première guerre en Irak en 1990. En fait, la guerre telle que l'a vécue Alan, c'est l'absence de guerre, l'absence de combats ou si peu. On le voit en tout et pour tout tirer deux fois. Il faut dire que, débarqué en février 1945, le jour de ses vingt ans, la guerre était pas loin d'être finie mais surtout déjà largement jouée. Du coup, on a souvent le droit à des anecdotes parfois drôles, parfois touchantes mais toujours intéressantes. La première partie s'attache plus aux relations que peut nouer le narrateur avec différents soldats de son régiment. A noter de nombreux allers-retours dans la chronologie pour nous dire ce qu'est devenu tel ou tel compagnon d'infortune.

J'ai lu dans plusieurs chroniques que la troisième partie était la plus ennuyeuse. J'ai envie de crier "NON !". NOOOOON !!! Je t'explique pourquoi. Au sortir de la guerre, Alan a vingt ans, se trouve au fin fond de la Tchécoslovaquie et a plus ou moins rompu avec sa famille. Commence alors une sorte de long voyage initiatique entre plusieurs métiers (aide du pasteur, traducteur, etc.) en divers endroits (France, Allemagne, Etats-Unis). Pendant ce voyage, Alan va rencontrer plusieurs personnes, reprendre contact avec d'autres et échanger, beaucoup. Comme tout ça se passe entre 1950 et aujourd'hui, les échanges sont souvent épistolaires, plus ponctuellement téléphoniques. Ces échanges vont nourrir l'homme qu'est Alan. Il va se forger une opinion bien tranchée sur le monde, les hommes, le rapport à la religion, la culture. La question n'est pas tant de savoir si ses opinions font de lui un homme bien ou pas, il ne s'agit que de relater ce qui a forgé Alan Cope, de la vision de la guerre à un cercle de lapins pendant une pause de travail en passant par un séminaire dans le Middle West, une virée à Séquoïa Park ou un échange avec un pianiste autrichien.

Un mot sur le dessin d'Emmanuel Guibert avant de conclure et de te relâcher dans la nature (ou dans un bon revendeur de BD qui te dirigera vers la bonne étagère pour te procurer La Guerre d'Alan)... L'ensemble de l'ouvrage est en noir et blanc avec toutes les teintes de gris. Sauf les dernières pages qui retrouvent la couleur. Comme pour signifier que l'homme Alan est arrivé à l'apogée de son aventure. La ligne claire de Guibert est somptueuse et son travail de mise en dessin de certaines photos est particulièrement réussi. Tu l'auras compris, La Guerre d'Alan fait partie de ces ouvrages importants qui donnent un regard différent sur la Deuxième Guerre Mondiale. Si un gros tiers de l'ouvrage n'est pas du tout consacré à la guerre ou ses préparatifs, cette guerre est quand même l'élément déclencheur essentiel de la vie d'Alan Cope. Parce que la guerre qu'on nous décrit n'est pas celle que l'on voit partout, cet ouvrage est déjà indispensable. Mais il permet également de comprendre comment un homme qui traverse une guerre comme soldat est nécessairement différent de n'importe qui d'autre. En fait, c'est vrai, c'est beaucoup plus difficile de faire une chronique drôle sur un bouquin qu'on a particulièrement aimé.

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Texte © Alfie's mec 2012.
Couverture et planche : La Guerre d'Alan (intégrale grand volume), Emmanuel Guibert, Éditions L'Association, 2009