Un instant, j'ai cru que Clément était malade en lisant sa chronique un peu sérieuse la semaine dernière. Heureusement, il est remis ! - Miss Alfie

l'espace de la révélationRésumé :

Space Opera cahotique.

 

Critique:

Il y a environ autant de sous-genre de Science fiction qu'il n'y a de sous-genre de heavy metal. Et dans un cas comme dans l'autre, le profane ne voit pas la différence. Et l'expert ne sent PLUS la différence, mais c'est un autre débat.

Je pensais être un quasi-profane lorsque j'ai commencé ce premier roman du "Cycle des Inhibiteurs" d'Alastair Reynolds. Bon, certes, le profane qui s'est farci l'intégralité du Cycle de Dune d'Herbert, et le cycle d'Hypérion de Dan Simmons, c'est déjà du profane d'un bon gabarit, j'en conviens.

Alors, pensez donc, que quand j'ai commencé à m'attaquer à un cycle estampillé "Hard SF", je ne me suis pas spécialement méfié.

Il y a un élément de départ à considérer quand on attaque un gros Cycle de SF : on va en chier. Longtemps. On le sait, mais on y retourne. Je suis certain que certains clubs SM organisent des lectures publiques d'oeuvres de SF. La scène n'est pas difficile à imaginer :

Il faisait froid ce soir là. Peut être n'aurais-je pas dû sortir en tongs par moins dix degrés. En regardant mes orteils violacés, je n'osais encore m'avouer que j'avais été trop loin en choisissant d'y aller à pieds. 7 kilomètres quand même... En tremblotant sous mon t-shirt, je serrais dans ma main mon carton d'invitation qui disait : "Ce soir, Jean Michel vous lira les 200 premières pages de la "Communauté de l'Anneau" de Tolkien en se faisant fouetter par Maîtresse Isabelle". Une telle perspective... quelle beauté navrante... Je n'avais pas le choix, il fallait vraiment que je me mette au niveau de cette soirée. La délicieuse anticipation des piqures de glace dans mes pieds meurtris en train de se réchauffer au milieu des odeurs douceâtres du club m'emplissait d'une joie que mon jean ne révélait que trop......

Pardon, je digresse. Bref, donc, ah oui, la SF.

Quand on commence un cycle (plusieurs romans, c'est encore plus long et dur...), on sait qu'il sera très compliqué d'"entrer" dedans. Probablement qu'on ne va rien y comprendre pendant quelques centaines de pages.

C'est structurellement assez logique en réalité puisqu'un auteur de SF va dépeindre un monde, une culture, des mythes, des technologies complètes très peu apparentées à celles de notre quotidien. On ne peut jamais tout décrire d'un bloc, donc, souvent on se retrouve avec des phrases du genre :"il déploya son ziploïde afin de s'élever au-dessus du dernier étage de la masse de zénon de la Compagnie pour retrouver son contact hypolède" (Oui, je sais, c'est très mal écrit, mais je vous emm....). C'est rigolo une phrase, mais 200 ou 300 pages ça commence à faire long.

Maintenant, parlons donc de la "Hard SF". Il s'agit en vérité d'une science fiction qui vise à une certaine probabilité scientifique du monde décrit, au regard des connaissances actuelles. Bref, si mon personnage en tongs d'au-dessus avait été invité à une autre soirée, il aurait pu avoir un carton disant :

"Jean-Daniel vous lira ce soir un florilège des plus pesantes descriptions pseudos-scientifiques tirées de "l'Espace de la Révélation". Pour cette performance exceptionnelle, nous mettrons sous clé tous les fouets, godemichés de proportions éléphantesques, pinces, fers à souder, livres de BHL, combinaisons de latex, et Code Général des Impots que nous utilisons d'habitude. On est pas des sauvages".

Pourtant ce qui m'a attiré vers ce roman est assez simple : une description d'un univers en déliquessence, dépressif et noir, vas y maîtresse fouette moi plus fort, une histoire complexe et, parait-il, particulièrement maîtrisée.

Au final je me suis retrouvé face à un roman barbare où rien n'avance réellement pendant 200 à 300 pages, avec des passages du genre :

"Ce qui se passait, c'était que la lumière, l'énergie, les flux de particules suivaient ces trajectoires particulières, s'enfouissant de plus en plus profondément dans le passé à chaque orbite autour de la singularité. Rien de tout cela n'était "évident" pour l'univers extérieur. C'était confiné derrière la barrière impénétrable de l'horizon événementiel, de sorte qu'il n'y avait pas de violation ostensible de la causalité".

Tu l'as dit, bouffi. (N'allez pas croire que c'est sorti du contexte, c'est juste que la fin est un peu plus compliquée que celle de "2001: l'Odyssée de l'Espace". Ouais, un peu plus de gros sel avec le fouet, maîtresse).

Pourtant ce qui m'a maintenu (plus ou moins) en éveil c'est que les personnages sont assez bien dépeints, que l'on se demande où va nous mener les deux ou trois histoires parrallèles que Reynolds fait initialement cohabiter. L'univers est complexe, noir mais cohérent (trop cohérent dirions nous presque) : les humains voyagent dans la galaxie à une vitesse sub-luminique, avec les problèmes logistiques que cela impose (congeler les gugusses du vaisseau, les mecs qui vivent sur les planètes qui vieillissent de plusieurs dizaines dannées pendant ce temps, etc).

Au final, il est difficile de s'immerger dans cet univers, mais la perspective de pouvoir enchainer ensuite avec 3 autres romans du même cycle me permettait de m'accrocher. Il suffisait de se dire que j'avais donc fait le plus dur, oh oui, le plus dur, encore maitresse.

Bon, en fait, non, le 2e roman parle complètement d'autre chose. Epic Fail, quoi.

Et puis au final, l'histoire tombe somme toute dans des travers bateau sur la chute de ce 1er tome, avec en outre de vrais morceaux de bravoure incompréhensibles. A moins d'aimer les soirées interlopes, je ne vois guère l'intérêt de se farcir les 2 500 pages qu'il reste après... Mais chacun ses goûts, hein...

Texte © Clément 2012.
Édition présentée : L'espace de la Révélation, Alastair Reynolds, traduit de l'anglais par Dominique Hass, Éditions Pocket, Collection Science-fiction/Fantasy, 2004, 892 pages.