AS1321, Ulewic, petit village anglais. Les villageois, paysans pour la plupart, vivent sous le joug de leur seigneur et de l'Eglise. La paroisse de Saint Michael est tenue par le père Ulfrid qui a bien du mal à rassembler la dîme. Un peu à l'écart du village s'est installée une communauté de béguines, des religieuses venues de Flandres. Si la cohabitation n'était pas mauvaise jusqu'à présent, les mauvaises récoltes combinées à une résurgence des anciennes croyances paganistes font de ces religieuses une cible idéale pour les habitants du village.

Karen Maitland, pour votre information personnelle, c'est La Compagnie des Menteurs. Un summum de littérature médiévale qui vaut tant pour son atmosphère glauque, sa tension croissante que pour son érudition sur la période. Du coup, pouf, je me jette sur le deuxième ouvrage de la dame, paru chez Sonatine. Et le deuxième ouvrage, après un monument, c'est toujours difficile d'arriver à la même hauteur. Du coup, j'ai été globalement déçu mais il n'y a pas que du mauvais, je vous explique...

Le truc, en fait, c'est que c'est un roman choral. Un vrai, un 100% pur beurre sans sucre ajouté. Un chapitre, un personnage qui parle. Pour te dire à quel point c'est un roman choral avec pleeeeeiiiiin de personnages, y'a un petit récap en début de livre pour te les présenter. La dernière fois que j'avais vu ça, c'était pour Le Trône de Fer. Genre j'en ai lu trois chapitres, j'ai arrêté tellement je comprenais rien. Donc là, l'idéal pour toi, lecteur, c'est de mettre un petit marque-ta-page à cet endroit, j'te jure, tu vas y revenir plusieurs fois. Je l'ai pas fait, je le regrette. Bon, à force, tu mémorises qui est qui, rassure-toi. D'autant que, si le village et la communautés de béguines comportent à la grosse une bonne trentaine de persos, les chapitres ne donnent la parole qu'à cinq d'entre eux : le père Ulfrid, la cheftaine des béguines, une autre béguine, la fille du seigneur local et une petite fille du village. Du coup, on gère les personnages après un petit tiers de roman ce qui est bien mais pas top mais bon, ça vient aussi de moi, je dois être sûrement un peu plus bête que la moyenne.

Autre chose, c'est lent, comme histoire. Bon, pas aussi lent que qu'un roman contemplatif sud-coréen mais quand même. Tu me diras, lent, La Compagnie des Menteurs l'était aussi (ne mens pas, je t'ai vu, tu viens d'aller relire la chronique que j'avais fait et que j'ai linké au début). Mais là, y'avait une atmosphère qui pesait sur l'histoire, qui encourageait cette inertie. Là, t'as vaguement une atmosphère (il fait froid et il pleut, d'un autre côté, l'hiver en Angleterre, tu t'attendais pas aux plages ensoleillées et au rhum-coco, si ?) mais qui ne parvient pas à peser sur l'histoire. Du coup, le rythme est vraiment lent et l'opposition entre la communauté de béguines et le village est longue à monter en puissance. Ceci dit, on va dire qu'une fois passée la moitié du roman, j'ai eu moins de difficulté à reprendre le bouquin et à poursuivre l'histoire. Et puis, le dénouement est bizarre, à peine trop romanesque sur certains aspects, un peu creux ou inabouti sur d'autres. C'est dommage, l'histoire est sympa, les oppositions entre personnages, même à l'intérieur de chaque communauté est sympa mais on débouche sur un truc un peu bancal à la fin.

Bon, par contre, la miss Maitland, niveau Moyen-Âge, elle touche, là-dessus, y'a pas photo. Le roman est émaillé de petites anecdotes sur les saints du coin et les précisions historiques qui fleurissent en bas de page sont toujours passionnantes. L'auteur (ou le traducteur ou l'éditeur mais je penche quand même pour l'auteur) s'est même fendue d'un petit contexte historique en fin de bouquin tout à fait intéressant. Du coup, on apprend des trucs. Je garantis pas de les retenir, hein, faut pas non plus déconner mais c'est loin d'être inintéressant. En fait, Les Âges sombres, c'est un roman médiéval sympathique dans l'Angleterre du XIVè siècle. Le cadre est suffisamment rare pour qu'on mérite de s'y intéresser. Toutefois, pour le cadre, l'ambiance et l'histoire, tu préfèreras le premier roman de Karen Maitland, je te le promets. Et je te redonne pas son titre, tu l'as déjà lu deux fois et t'en as lu la chronique tout à l'heure. Bon, d'accord. La Compagnie des Menteurs qu'il s'appelle. Tu vas adorer. Note que tu peux lire celui-là avant, il est bien, hein ! Mais l'autre...

Texte © Alfie's mec 2012.
Couverture : Les Âges Sombres, Karen Maitland, Éditions Sonatine, 2012.