lftNogent-le-Chartreux est une petite ville paisible de la Beauce. Pas tout à fait la banlieue parisienne, pas encore la province profonde. Les 20 000 habitants vivent au gré du marché hebdomadaire, du marchand de jouets et autres petits commerces qui vivotent et sont protégées par la gendarmerie locale dirigée par le commandant Garand. L'apparition d'un tueur en série fait croître un sentiment d'insécurité et met au jour les sentiments les plus profonds des habitants.

Voilà un nouveau style de bouquin : le polar dont on se fout éperdument de connaître le tueur. Car là ne réside pas l'intérêt du bouquin. Est-il raté pour autant ? Non, bien au contraire. J'ai failli rapprocher ce roman de Préparer l'Enfer et du Bloc mais à y réfléchir de plus près, je ne suis pas convaincu de ce rapprochement. Quand les deux premiers abordent franchement la sphère politique, La France tranquille s'intéresse spécifiquement aux citoyens, aux habitants, à la base et à tout ce qu'elle peut ressentir quand plusieurs crimes bien sanglants viennent perturber la petite vie tranquille de la bourgade.

Le point fort de ce bouquin, si tant est qu'il ait des points faibles, c'est de percevoir et de décrire finement le caractère de chacun des personnages et d'adapter la narration à celui-ci. C'est précis et ça se laisse très bien lire. Le caractère désabusé du gendarme, la paranoïa ou la peur des petits commerçants, le côté fleur bleue du fils du gendarme quand il rencontre une fille, tout est vachement bien retranscrit dans les mots. Du coup, on s'attarde plus sur la psychologie des personnages et sur l'atmosphère dans la ville, de plus en plus pesante, de plus en plus sécuritaire plus qu'au déroulement de l'enquête et à son potentiel coupable. Le coupable, dont le portrait se peint au fur et à mesure de l'histoire pourrait être multiple. D'ailleurs, à la fin du roman, on pourrait mettre deux ou trois autres personnages dans ce rôle que ça ne changerait rien à la qualité de l'ouvrage. Les esprits chagrins noteront que le dénouement est peut-être à peine trop romantico-improbable mais qu'importe, on s'en fout un peu puisque l'intérêt est ailleurs.

Enfin, le dénouement de l'histoire est somptueux. Une fois le meurtrier neutralisé, l'atmosphère retombe et, à quelques détails près, on retrouve l'ambiance du début du livre. Comme pour noter la faiblesse et l'influençabilité de l'esprit humain si tant est que le mot influençabilité existe. Olivier Bordaçarre livre ici un très bon roman d'atmosphère dans lequel on trouvera pas mal de passages vraiment très vachement bien écrits. A la lecture, c'est rare que je me note intérieurement la qualité de certains passages, c'est dire que, dans le cas présent, ça m'a marqué. On notera en particulier le début du roman avec une longue description désabusée de la vie quotidienne dans cette commune quelconque et un joli passage où le fils du héros imagine quelques jolies choses à l'observation de sa nouvelle voisine. Plongez donc sereinement dans cette France tranquille pour n'en ressortir pas tout à fait comme vous y êtes rentrés.

Texte © Alfie's mec 2012.
Couverture : La France tranquille, Olivier Bordaçarre, Éditions Fayard noir, 2012.