terre des oublisLorsque son premier époux, Bôn, revient au village après 14 ans de guerre et alors que tout le monde le croyait mort, Miên n'a d'autre choix que d'abandonner son nouveau mari, Hoan, pour retourner avec l'ancien. Sous le regard des villageois, trois êtres tournent autour du bonheur.

J'avoue, je lis très peu de littérature asiatique et ce devait être la première fois qu'un roman vietnamien prenait place entre mes mains. Par je ne sais quel a priori, je pensais bien ne pas avoir à faire au roman le plus rythmé du siècle, et en soi je n'avais pas totalement tort ! Qui apprécie les rebondissements réguliers devra passer son chemin et ouvrir un autre livre. Terre des oublis en revanche a l'énorme atout de nous entraîner au coeur de la culture et des traditions vietnamiennes.

A travers ses trois personnages principaux, Duong Thu Huong nous offre trois prismes de découvertes du Vietnam. Bôn, en tant qu'ancien combattant survivant de la guerre contre les Etats-Unis sera l'occasion de revenir sur les combats et la vie des "Viet" dans la jungle. Avec Hoan, c'est le Vietnam urbanisé, en développement économique, le tout dans un régime communiste. Quant à Mien, elle incarne la place de la femme dans la famille vietnamienne traditionnelle et le poids de la culture et des traditions qui guident les actes.

Trois éléments m'ont globalement marqué dans ce roman. Il y a tout d'abord tout ce qui tourne autour des saveurs et des odeurs. On note dans le livres de nombreux passages qui soit se déroulent autour d'un rituel du thé, soit amènent à évoquer des préparations culinaires traditionnelles. De même, les premières pages nous entrainent dans les environs du village de Mien et l'on perçoit l'humidité et les odeurs de la forêt dans la description de Duong Thu Huong. Un autre aspect marquant est la place accordée au temps. La narration est relativement lente, prenant son temps. Les personnages vont et viennent entre leur présent et leur passé, se perdant dans leur histoire pendant de longues digressions. On pressent dans la narration une culture très éloignée de la nôtre dans laquelle le temps nous manque continuellement. Enfin, l'autre aspect que je retire de cette lecture est l'importance du bonheur... Etrangement, ce qui m'a le plus gêné dans ce livre est la notion de "sacrifice" et d'obligation qui guide Mien, au détriment de son bonheur. Il semble qu'il faille souffrir pour être un "bon être humain", pour ne surtout pas être mal jugé par le reste de la société...

Lourd de sept-cent pages, Terre des oublis relate une belle histoire d'amour marquée par le poids des traditions et de la culture dans une société patriarcale où la femme endosse un rôle soumis. Une plongée intéressante dans un univers très différent de mes lectures habituelles.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Terre des oublis, Duong Thu Huong, traduit du vietnamien par Phan Huy Duong, Éditions Livre de poche, 2007, 700 pages.