les oreilles de busterPour ses 56 ans, Eva reçoit en cadeau un journal intime. Le temps d'un été, chaque nuit, elle va y coucher son histoire et laisser son passé remonter à la surface. Peu à peu, elle va nous raconter comme elle en est arrivée à tuer sa mère.

Non, rassurez-vous tout de suite, je ne vous dévoile rien que vous ne sachiez en commençant ce roman puisqu'Eva commence son journal en nous le disant : "J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à exécution." En ces deux phrases, voilà le mystère que cette femme se partageant entre sa vie de couple et ses rosiers va peu à peu éclaircir pour nous.

J'avoue que passées les premières pages, j'ai eu un peu peur de ce que j'allais trouver dans ce roman. La couverture, jolie et plutôt féminine, me laissait présager d'une histoire sympathique. Les premiers chapitres, plutôt noirs et introvertis, m'ont fait craindre une déception comme avec Les chaussures italiennes, roman à côté duquel je suis plutôt passée. Et puis, au fur et à mesure des nuits d'Eva, au fil de ses allers et retours entre son présent et son passé, je me suis attachée à cette femme ambiguë qui s'est protégée toute sa vie derrière une carapace, persuadée qu'elle ne pouvait être bonne puisque sa propre mère ne l'aimait pas...

Sur une base de roman familial, j'ai à de nombreux moments eut la sensation de lire un espèce de thriller psychologique, tout particulièrement vers la fin, grâce à la maîtrise parfaite du suspense dont fait preuve Maria Ernestam. En mettant en scène une femme qui raconte sa vie, elle provoque des ruptures dans le récit, car un récit d'une telle intensité émotionnelle ne peut se faire en une nuit. Eva s'arrête donc lorsque les souvenirs la remuent trop, laisse de côté son passé pour nous parler du présent, un présent qui à chaque fois la ramène pourtant dans son enfance. Et le lecteur sent la tension retomber, se dissoudre dans les flots qui bordent la ville d'Eva avant de se laisser à nouveau embarquer dans la tempête des sentiments.

En mettant en scène un personnage ambiguë, que l'on sait meurtrière dès le départ, Maria Ernestam prend le parti de nous conter une histoire suffisamment empathique pour que le geste d'Eva apparaisse comme naturel et salvateur. Même s'il ne révolutionne pas le monde de la littérature, Les oreilles de Buster interpelle malgré tout sur la notion de maternité, sur la relation entre une mère et son enfant, le tout avec beaucoup d'originalité et une bonne touche de noirceur qui rend ce roman bien moins simple qu'il n'apparaît au premier abord. Un roman à découvrir, vraiment !

A lire aussi :
Valou a beaucoup apprécié la construction de l'histoire : " Des surprises vous attendent à la lecture de ce roman. L'auteur est très fort."
Emmyne s'est également laissée convaincre : "Un roman qui raconte autant la jeunesse que la vieillesse, la chronique d'un village, les amies de toujours et la danse des démons."
Quant à Joelle, elle vous donne même d'autres liens en bonus !

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Les oreilles de Buster, Maria Ernestam, traduit du suédois par Esther Sermage, Éditions Gaïa, 2011, 409 pages.