Small worldLorsque la mémoire vacille, il arrive qu'elle déniche quelques secrets bien gardés. Alors que Conrad Lang commence à avoir des propos divagants, Elvira s'inquiète : et si l'enfant qu'elle a élevé aux côtés de son fils se rappelait un peu trop bien du passé. Soixante ans plus tard, certains secrets ne gagneraient pas à être dévoilés...

Oui, je vous l'accorde, je suis un peu dans ma période Suter ! Après Le cuisinier, La face cachée de la lune ou encore Allmen et les libellules, je me suis penchée sur le premier roman de Martin Suter, Small World. Il faut dire que l'écriture de Martin Suter est franchement originale et intéressante, et ses romans complètement inclassables.

J'avoue que je connais mal les écrivains suisses, il m'est donc très difficile de comparer avec d'autres auteurs. Ceci dit, je peux vous assurer que j'admire le talent de Suter à décrire et décrypter ses concitoyens sans concessions. Cette fois encore, son histoire met en scène une famille d'industriels aux moyens financiers plus qu'opulents et nous en dresse un portrait des plus détestables et antipathiques ! Il n'y a bien que Simone, la belle-fille, qui restera un peu humaine dans cet univers de requins !

Si les personnages ont une place importante dans l'histoire, la maladie joue un rôle à part entière. Mais pas n'importe quelle maladie, une maladie dont on a déjà parlé sur ce blog : la maladie d'Alzheimer. Alors peut-être, effectivement, ne suis-je pas objective avec tous ces bouquins qui évoquent une pathologie que je ne suis pas sans connaître. Mais j'ai réellement apprécié la manière dont Martin Suter l'a mise en scène : loin de nous proposer un roman plein d'émotions voire larmoyant, il réussit à faire de cette maladie l'enjeu d'une course contre la montre digne d'un thriller... Et si en ralentissant l'évolution de la maladie, Conrad se mettait à dévoiler des choses ennuyeuses pour Elvira ? Deviendra-t-il un homme à abattre ?!

A partir de l'histoire d'un homme vieillissant dont la mémoire va peu à peu s'envoler, Martin Suter réussit à nous entraîner dans une réflexion sur les souvenirs, sur les secrets de famille, et à faire de la maladie d'Alzheimer un personnage qui viendra jeter le trouble dans la famille en ravivant peurs et colères plutôt qu'en provoquant pleurs et chagrins. A lire, vraiment.

A noter : Small World a été adapté au cinéma en 2011 par Bruno Chiche sous le titre Je n'ai rien oublié avec Gérard Depardieu dans le rôle de Conrad et Nils Arestrup dans celui de Thomas.

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Cathulu réussit en une phrase à vous dire tout ce que j'en pense : "Un portrait émouvant mais jamais pathétique et une intrigue qui tient en haleine le lecteur, jusqu'au rebondissement final. "
Essai réussi pour Laurence du Biblioblog : "Un roman qui se lit d'une traite et que je n'oublierai pas d'aussitôt."

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Small World, Martin Suter, traduit de l'allemand par Henri-Alexis Baatsch, Editions Points, 2000, 358 pages.