allmen et les libellulesJohann Friedrich von Allmen mène une belle vie de dandy dans sa villa suisse. Du moins, c'est l'image qu'il tente de conserver aux yeux de l'extérieur car ses goûts de luxe l'ont entraîné dans une situation financière délicate. Lorsqu'il met la main sur cinq coupes Art nouveau, il voit l'opportunité de régler toutes ses dettes...

L'abonnement à la bibliothèque a cet avantage que pour un simple sourire et grâce à mes impôts (oui, ne nous leurrons pas, c'est parce que nous sommes de bons citoyens qui contribuons à la vie de notre cité que la commune peut subventionner ses bibliothèques et proposer une adhésion gratuite au habitants de l'agglo), je n'ai plus besoin d'attendre la sortie en poche d'un bouquin qui me plaît mais dont je trouve le prix un peu élevé rapport au temps que je vais mettre à le lire. Lors de ma première escapade à la bibliothèque, je suis donc tombée nez à nez avec le dernier né de Martin Suter, me permettant par la même occasion de poursuivre ma découverte de son travail.

Si Le cuisinier ou La face cachée de la lune proposaient déjà une intrigue avec quelques relents policiers, Suter nous propose ce coup-ci un court roman qui semble s'inscrire dans la tradition des enquêtes classiques avec un personnage qui m'a tout de suite fait penser à Arsène Lupin, un dandy qui n'hésite pas à commettre de menus larcins pour assurer son train de vie. On y trouve même un créancier tellement bien élevé qu'il vous fait parvenir des courriers plus que courtois mais fort compréhensibles et vous serre la main en vous la broyant plutôt que de vous mettre un couteau sous la gorge ou de vous tirer une balle dans le genou. Dans une époque où les romans violents, sanglants et meurtriers sont légion, le petit goût suranné qui se dégage d'Allmen et les libellules lui donne un charme tout particulier...

Certains lecteurs ont trouvé décevante l'intrigue, superficielle et pâle. J'ai surtout l'impression que ce premier roman mettant en scène Allmen était avant tout destiné à nous présenter le personnage, à camper le décor, ses habitudes ainsi que son homme de main, Carlos. Deux autres titres sont déjà prévus dans le catalogue de Christian Bourgois, et ce premier publié me fait l'effet d'un pilote, tout comme les pilotes des séries télévisées, ce premier épisode qui donne envie d'y revenir sans trop nous embarquer dans une intrigue.

En mettant en scène un personnage à la limite de la légalité, Martin Suter nous propose une nouvelle fois un roman qui ne juge pas, qui présente une certaine société avec une certaine ironie (l'obsession avec laquelle Allmen tente de maintenir son train de vie et son talent pour faire et gérer ses dettes me fait globalement rêver !) et nous offre un dandy dont j'attends avec impatience de voir si l'ingéniosité dont il fait preuve pour rouler ses créanciers s'avère aussi subtile pour dénicher des objets disparus !

A lire aussi :
Sur La cause littéraire, "on attend avec impatience la suite des aventures de ce nouveau duo insolite de la littérature policière."
Nina trouve que tout cela "augure bien de la suite et donne envie d’acheter le second, ce qui est déjà pas mal."
Jeanjean souligne l'atmosphère dans laquelle le lire : "De quoi se délasser quelques heures, surtout si on affectionne les fauteuils club, l'odeur du cigare and a cup of tea."
En revanche, et il en faut, Cathulu n'est pas convaincue : "On s'ennuie avec élégance."

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition présentée : Allmen et les libellules, Martin Suter, traduit de l'allemand par Olivier Mannoni, Éditions Christian Bourgois, 2011, 166 pages.