cadres noirsAlain Delambre est un cadre au chômage depuis plusieurs années. La cinquantaine, ses chances de retrouver un poste sont minces. Lorsqu'il est retenu pour un test d'embauche, il est prêt à tout pour avoir le poste. Vraiment à tout.

Lorsque l'on est en vacances, que l'on a paradoxalement moins de temps pour lire, on a parfois envie de tomber sur le bouquin qu'on aura du mal à lâcher mais qu'on engloutira dès qu'un moment de lecture se présentera. Cadres noirs s'est avéré le roman adapté à la situation puisque j'avoue avoir eu bien du mal à le lâcher et avoir même commencé un deuxième roman en parallèle, pour éviter de le lire lorsque j'avais trop peu de temps devant moi. Il faut reconnaître que Pierre Lemaitre fait partie de ces auteurs dont j'ai du mal à lâcher les livres quand je me plonge dedans, ces auteurs qui réussissent à attirer suffisamment mon attention grâce à leur intrigue pour que je leur pardonne un style littéraire parfois simple et prévisible.

Le petit plus de Cadres noirs par rapport à Travail soigné ou à Robe de marié est son ancrage direct dans la réalité sociale de notre époque, une réalité dans laquelle un couple quinquagénaire qui semblait proche du confort financier se retrouve dans une situation précaire suite au licenciement de monsieur. A partir de là, c'est la spirale infernale, la recherche d'emploi quotidienne, les petits boulots, la perte de l'estime de soi, de confiance en soi, jusqu'au jour où tout bascule, où l'on est prêt à tout pour un boulot... C'est ce qui arrive à Alain Delambre, et j'ai trouvé que la description de sa situation et de la spirale infernale qui le conduit à des actes irréversibles est relativement bien restituée, avec l'angoisse nécessaire pour que l'on en vienne à comprendre cet homme et la colère qui est en lui.

Divisé en trois parties, Cadres noirs est narré dans un premier temps par Alain Delambre, avant que ce ne soit Fontana, l'organisateur d'un test d'embauche un peu particulier, qui nous relate ce moment tout à fait spécial, pour laisser de nouveau la parole à Alain Delambre en dernière partie. En ôtant la narration au personnage principal, Lemaitre maintient une part de mystère sur ce qui se passera réellement pendant le test et que le lecteur découvrira à la fin de l'histoire, et permet aussi de rendre réel ce moment au cours duquel Delambre n'est finalement plus vraiment lui-même, acculé, totalement dans une impasse, et posant un acte aussi fort que son désespoir profond.

J'avoue que la fin m'a malgré tout un peu déçue. J'aurai aimé une fin plus réaliste, peut-être plus sombre, moins sympa, mais qui aurait du coup été totalement à l'image de notre société dans laquelle ce sont toujours les gros qui mangent les petits... Et puis bon, d'un autre côté, il faut reconnaître que si je veux une telle histoire, il me suffit presque de me rendre au bureau de presse le plus proche, d'y prendre le journal du coin, et je suis à peu près sûre de tomber sur au moins un à deux faits divers sordides derrière lesquels on découvrira une histoire de chômage et de détresse financière...

Challenge_thriller
Roman lu pour le challenge Thriller organisé par Cynthia.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : Cadres noirs, Pierre Lemaitre, éditions Le Livre de poche, collection Policier / Thriller, 2011, 448 pages.