northanger-abbeyCharlotte Morland est emmenée à Bath par Mr et Mrs Allen, un couple de son village à qui la confient ses parents. La jeune fille va découvrir la vie mondaine mais sa naïveté lui jouera quelques tours...

Après une première rencontre intéressante avec Jane Austen l'an passé, j'avais envie de me plonger à nouveau dans son univers. J'ai donc ressorti de ma pile de livres Northanger Abbey qui m'avait été conseillé il y a déjà un paquet de temps lorsque je voulais lire du Austen, et j'avoue ne pas avoir été déçue.

Publié en 1817, après la mort de son auteur, mais écrit près de vingt ans plus tôt, le style de Northanger Abbey m'a franchement surprise. Dès les premières pages, dès la présentation que Jane Austen fait de son personnage principal, Catherine Morland, on perçoit toute l'ironie et toute la caricature de la société britannique qu'elle va mettre dans son roman. Pour moi qui n'avait lu d'elle qu'Orgueil et préjugés, une histoire qui, si elle dépeint une certaine société, est avant tout une histoire romantique d'un amour plus ou moins contrarié, Jane Austen était la romancière de l'amour, celle dont les romans pourraient faire battre mon coeur de romantique impérissable. Et j'avoue que Northanger Abbey est bien loin du cliché "fleur bleue et eau de rose" que certains pourraient lui attacher.

Dans ce roman, en mettant en scène une jeune fille plutôt naïve, pas forcément très intelligente, tentant de combiner son instinct et les convenances qui lui ont été inculquées, Jane Austen dresse le portrait au vitriol d'une société britannique basée sur les apparences, sur la notoriété et l'intérêt, dans laquelle la culture et l'intelligence ne sont pas sensées être au programme de l'éducation des jeunes filles. Elle dépeint les salons de Bath, qu'elle a elle-même fréquenté à plusieurs périodes, les relations qui s'y nouent, les jeux de pouvoir qu'on peut y observer et n'hésite pas à mettre en scène des personnages parfois relativement antipathiques qui viendront servir sa démonstration. Je dis "sa démonstration", car il me semble que Jane Austen ne se retire pas totalement de son roman, n'hésitant pas à employer la première personne du singulier à plusieurs reprises pour exprimer la propre opinion du narrateur, voire même à interpeller le lecteur et le prendre à parti.

Après Orgueil et préjugés, Northanger Abbey démontre le talent narratif d'une femme qui sut démontrer l'intérêt des oeuvres romanesques tout en offrant une vision vive et acérée de la société dans laquelle Jane Austen elle-même évoluait. De quoi entrevoir les raisons qui poussent certains à lui vouer une telle adoration.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : Northanger Abbey, Jane Austen, traduit de l'anglais par Josette Salesse-Lavergne, Éditions 10/18, 2000, 285 pages.