comme dans un reveLe 28 février 1986, alors qu'il sort du cinéma en compagnie de son épouse, le premier ministre suédois, Olof Palme, est assassiné. Bien des années plus tard, à la veille de la prescription, un haut responsable de la police décide de rouvrir l'enquête, mais très discrètement. Qu'auraient pu manquer les enquêteurs d'alors ?

Pour cette première chronique de l'année 2012, je vous propose un voyage direct pour la Suède afin de découvrir une affaire non résolue des plus célèbres là-bas... Imaginez donc : un premier ministre en exercice est assassiné et la police s'avère incapable de mettre le main sur le coupable. Autant dire que cela pourrait sacrément faire désordre ! Et pourtant, c'est ce qui est arrivé en Suède à la fin des années 80... Alors, je tiens à vous préciser tout de suite, la formulation des faits que propose Leif GW Persson est une fiction, et s'il nous propose une hypothèse à la fin de son roman, le meurtre d'Olof Palme est toujours officiellement non résolu.

Mais qu'importe... Après tout, il n'est pas le premier à le faire, James Ellroy avait fait de même dans Le Dahlia noir ! Mais bon, tout le monde n'est pas Ellroy, et il est impossible de comparer ces deux romans au-delà de cet élément ! Car Leif GW Persson est avant tout un criminologue qui a beaucoup travaillé avec (ou peut-être même dans) la police suédoise. Son travail d'écrivain ne pouvait donc qu'être marqué de ce côté technique, par cette précision nécessaire à l'élaboration de pistes précises et à la recherche d'indices. Si je précise cela, c'est que j'ai moi-même par moment eu un peu marre de la pléthore de détails et des précisions à la seconde près relatés dans tous les sens... Ceci dit, cette narration reste un exercice intéressant qui amène le lecteur à subir les atermoiement de l'enquêteur qui se passe et se repasse le déroulement des faits, à la recherche du plus petit indice qui pourrait lui ouvrir une nouvelle analyse des faits.

Si la narration est marquée principalement par cette précision, j'ai beaucoup apprécié l'aspect décalé et ironique que l'auteur introduit lorsqu'il parle de, fait parler, ou fait penser ses personnages. Pour mener à bien cette enquête qui pourrait se révéler explosive, il entoure un chef haut en couleur de trois flics très différents, de la petite jeune plutôt futée au vieux célibataire pointilleux en passant par la brillante divorcée très investie dans son travail. Si l'on suit peu les personnages dans leur vie privée, Leif GW Persson réussit malgré tout à les humaniser, à les faire sortir de leur position unique de flic, en donnant au lecteur les moyens de les découvrir à travers leur travail, leur posture, mais aussi leurs réflexions les plus intimes et personnelles qui viennent ponctuer des échanges, souvent avec beaucoup d'ironie et de justesse.

Avec Comme dans un rêve, Leif GW Persson nous fait découvrir les arcanes du système policier suédois, nous offrant un roman très axé sur les procédures, mais qui ne manquera pas se s'accélerer dans sa seconde moitié, dès lors que les enquêteurs auront pu pointer du doigts et balayer les erreurs faites par leurs prédecesseurs... Un roman de très bonne facture pour amateurs de procédure qui offre un autre regard sur le système politique et législatif suédois.

Texte © Miss Alfie 2012.
Édition lue : Comme dans un rêve, Leif GW Persson, traduit du suédois par Esther Sermage, Éditions Rivages, collection Rivages/Noir, 2011, 666 pages.