piano soloAller à un concert de William Sheller, c'est entendre de multiples réflexions en amont, des "Ah... Il est pas mort lui ?" (Ben non, sinon on irait pas le voir en concert !!!), des "Ah ouais, c'est quand même ringard ça !" (Tu trouves peut-être ça ringard, mais ça a le mérite d'être complet et d'avoir, visiblement, plus de succès que ton "Génération 90" annulé faute de réservations...) ou encore des "Heu, vous n'êtes pas déprimés au moins ? Sinon, on vous file la corde pour la fin !" (Oui, alors ça, je l'ai déjà entendu il y a quelques années pour AaRON, et étrangement, c'était loin d'être déprimant comme concert !)

Aller à un concert de William Sheller, c'est se pointer une heure avant devant le Théâtre Musical de Besançon, la capuche ramenée sur la tête pour éviter la pluie, et découvrir en jetant un oeil aux spectateurs patientant déjà que le public est loin d'être aussi âgés que certaines mauvaises langues pouvaient le laisser présumer... (Bon, accessoirement, c'est aussi croiser une ou deux têtes du travail, ce dont on pourrait parfois se passer un samedi soir, mais que voulez-vous, ils n'ont pas voulu qu'on réserve tout le théâtre juste pour monsieur et moi !)

Aller à un concert de William Sheller, c'est entrer dans la salle parmi les premiers et profiter quelques courtes secondes de la magie d'une salle vide et d'une scène nue, sur laquelle un piano Steinway laqué noir se détache dans la lumière d'un spot.

Aller à un concert de William Sheller, c'est voir des spectateurs débarquer moins de cinq minutes avant le début ponctuel de la représentation et les entendre s'étonner, limite s'offusquer, de ne plus avoir de place dans les premiers rangs... (Oui mon coco, quand tu viens à un concert affiché "Complet" et non-placé, il ne faut pas arriver cinq minutes avant le début du spectacle si tu veux avoir une bonne place !)

Aller à un concert de William Sheller, c'est sentir l'atmosphère lumineuse de la salle s'assombrir, le brouhaha des conversation s'éteindre, puis ne plus voir qu'un spot sur scène éclairant un homme à lunettes, aux cheveux blancs un peu parsemés par endroit, vêtu d'une ample veste noir aux poignets blanc, saluant ses spectateurs invisibles et s'installant au piano pour commencer à nous conter les histoires de ses chansons... Et par la même occasion un peu de sa propre histoire...

Aller à un concert de William Sheller, c'est se surprendre à redécouvrir le répertoire d'un chanteur de soixante-cinq ans (Quand je vous disait qu'il n'était pas si vieux que ça, ce cher William !), fils d'un américain et d'une française, qu'on imaginait un peu austère, pas forcément très drôle, et qui s'avère finalement plutôt drôle, très pince sans rire, et surtout proche de son public.

Aller à un concert de William Sheller, c'est écouter un artiste qui maîtrise son piano à merveille pendant deux trop courtes heures et naviguer entre Un homme heureux, Les machines absurdes, Nicolas ou encore Oh ! J'cours tout seul quand l'homme ne décide pas de nous faire profiter d'une simple petite musique de chambre sans parole, juste pour le plaisir d'écouter sonner un beau piano dans une belle salle.

Aller à un concert de William Sheller, c'est ressortir l'esprit vidé de bien des perturbations et rempli de phrases mélodiques, de notes d'humour et de beaux souvenirs qui reviendront lorsque j'irai marcher, le baladeur sur les oreilles, mes lèvres mimant des mots maintes et maintes fois entendus mais redécouverts un soir de décembre dans le noir d'une salle de concert.

Texte © Miss Alfie 2011.