Antoine et IsabelleAlors qu'il séjourne chez un ami à la Jamaïque, une discussion s'amorce entre Vincent Borel et d'autres invités : les camps de concentration n'ont pu exister, pas possible selon certains. Pour ne pas oublier, Vincent Borel part dans le passé et va retracer l'histoire de ses grands-parents et de la famille de son richissime ami, les Gillet.

Avant d'aller plus loin dans cette chronique, il convient tout de suite de préciser que oui, ce roman est en partie biographique puisque Vincent Borel va prendre l'appui de ses grands-parents, Antoine et Isabelle, pour retracer le cours de l'histoire entre la France et l'Espagne, du début du siècle à l'après-seconde guerre mondiale. Et c'est justement cette attache très réaliste qui donne à ce roman toute son ampleur. Publié initialement chez Sabine Wiespieser, c'est la sortie en poche de ce roman qui m'a attiré l'oeil, avec cette photo de mariés du début du siècle...

Au fil des quatre cent et quelques pages de ce roman que certains qualifient d'autofiction, Vincent Borel raconte le destin pas forcément croisés de deux familles de part et d'autres de la frontière espagnole. D'un côté, il nous emmène dans les ruelles étroites de Barcelone à la découverte de la pauvreté et de la détermination d'Antoine et Isabelle, ses grands-parents, arrivés l'un et l'autre dans la capitale catalane dans leur plus tendre enfance, fuyant la misère des campagnes avec leurs familles respectives. C'est alors l'occasion de découvrir une Espagne neutre pendant la première guerre mondiale, une Espagne divisée entre royalistes et républicains, une Espagne prises entre les velléités d'indépendance des différentes provinces, et pour finir une Espagne qui chassera ses Républicains sous la dictature franquiste, envoyant Antoine et Isabelle dans des camps de réfugiés à la veille de la seconde guerre mondiale, camps qu'Antoine connaîtra par ailleurs également en Allemagne et en Autriche...

De l'autre côté, c'est un tout autre tableau que Vincent Borel nous brosse puisqu'il s'embarque dans l'histoire de la famille de son ami Michel Ferlié, richissime patron de presse, qui tient sa fortune de ses ancêtres, qui n'auront pas hésité longtemps avant de tirer profit des deux guerres de ce début de siècle. Descendant de soyeux lyonnais, Michel Ferlié avoue d'ailleurs à son ami qu'en plus d'avoir inventé la soie artificielle et importé le nylon en France, les Gillet-Ferlié se sont aussi distingué dans la confection chimique, avec production de gaz moutarde pendant la première guerre mondiale, et de Zyklon B pendant la seconde... Pour les esprits étourdis, le Zyklon B était ce gaz diffusés dans les chambres du même nom sous le IIIe Reich... Ça y est, ça vous dit quelque chose ?...

Avec un chapitre d'ouverture comme une claque, avec ces propos directement mis sous le nez du lecteur, ce négationnisme simple, Vincent Borel vient rappeler cet adage si basique : c'est par le souvenir qu'on évitera de reproduire les erreurs du passé. En retraçant l'histoire de ses grands-parents, Vincent Borel nous rappelle d'une part un gros morceaux de l'histoire du vingtième siècle et d'autre part nous invite à faire perdurer la mémoire familiale...

Texte © Miss Alfie 2011.
Édition lue : Antoine et Isabelle, Vincent Borel, éditions Points, collection Les Grands Romans, 2011, 442 pages.