Le blocAlors que la France s'embrase et que des émeutes civiles font près de huit cent morts, Agnès Dorgelles, la présidente du Bloc Patriotique négocie l'entrée de son parti au gouvernement. Pendant ce temps là, le temps d'une nuit, deux hommes, Antoine et Stanko, vont se rappeler leurs parcours réciproques. Au matin, l'un devra mourir...

Toute ressemblance avec la réalité serait purement... volontaire. Oui, admettons-le : sous l'appellation roman (ce qu'il est d'ailleurs), Le Bloc est une descente dans l'univers de l'extrême droite et sa montée en flèche dans la classe politique depuis une trentaine d'années. Réfractaires à la politiques, abstenez-vous... Quoique... Pour tout vous dire, je ne suis pas une grande adepte de politique, je m'y intéresse car mon métier en dépend en grande partie, mais vous ne me trouverez jamais à lire un essai politique... Or, j'avoue que j'ai englouti Le Bloc et passé avec Antoine et Stanko un excellent moment (oui, j'ose le dire ainsi, même si ces deux personnages font froid dans le dos).

Il faut avouer qu'en complément de cette lecture, j'ai pu assister à une rencontre littéraire organisée par Les gourmands lisent le 21 octobre dernier en présence de Jérôme Leroy himself (l'auteur, pas le joueur de foot... Même si j'ai vu le second le lendemain soir à Sochaux... Mais ça, c'est une autre histoire !). Autant dire que ce type de rencontre vous offre un tout autre regard sur un roman... Jérôme Leroy, c'est un ancien professeur de français, lettres classiques comme il se plaît à le préciser. C'est aussi, si l'on pousse un peu la discussion, quelqu'un politiquement marqué à gauche, voir très à gauche, à l'extrême des personnages qu'il décrit dans ce qu'il nomme lui-même une tragédie, au sens classique du terme.

La force de ce roman réside justement dans ces deux personnages, Antoine et Stanko, dans lesquels Jérôme Leroy reconnaît avoir mis un peu de lui (notamment dans le parcours d'Antoine) parce qu'il ne voulait surtout pas tomber dans la caricature du fasciste intégriste, raciste et violent. Bien au contraire, il réussit à instiller suffisamment d'humanité et de complexité à ces deux hommes pour que l'on finisse par se dire qu'il peut finalement s'agir de monsieur tout le monde... Au point qu'en comparant mon propre parcours à celui d'Antoine, je me suis mise à me dire que moi aussi, j'aurai pu devenir fasciste à cause d'un sexe non pas de fille, mais de garçon... (Les lecteurs qui auront feuilleté les premières pages du roman me comprendront...) Ou comment les rencontres, les circonstances, la rébellion contre son milieu peuvent conduire à un extrême...

A travers le parcours de deux hommes, évoluant pour l'un dans la sécurité du parti, pour l'autre dans ses sphères décisionnelles, Jérôme Leroy réussit également le pari de nous parler de la montée de l'extrême droite, dans une société déçue par les partis traditionnels, par l'extrême-gauche, depuis une trentaine d'années, jusqu'à devenir "le premier parti ouvrier de France". S'il ne donne aucune réponse ni aucune "leçon de morale", Jérôme Leroy propose un roman que l'on peut très bien lire comme un documentaire, un reportage sur la classe politique française, sur l'évolution de la société, le tout basé sur des faits réels, retravaillés, réaménagés, mais totalement réalistes...

Lors de cette soirée d'échange, Jérôme Leroy a eu cette phrase que je trouve très pertinente : "Ce roman, c'est cinquante pour cent de recherche et de faits réels consignés et cinquante pour cent de fiction." Nommé pour le prix de Flore, Le Bloc est un roman noir, politique et engagé qu'il convient vraiment de découvrir, loin de tout manichéisme et de toute caricature.

Texte © Miss Alfie 2011.
Édition lue : Le bloc, Jérôme Leroy, éditions Gallimard, Collection Série noire, 2011, 295 pages.