Du-domaine-des-murmuresEn 1187, Esclarmonde, quinze ans, refuse le jour de son mariage d'être mariée à un homme. Son destin est de s'offrir à Dieu et, pour que son père respecte son choix, elle demande a être emmurée vivante dans une cellule attenante à la chapelle du château.

Beaucoup d'entre vous ont découvert Carole Martinez à l'occasion de la sortie de son premier roman, Le Coeur cousu. Pour ma part, j'avoue l'avoir laissé un peu de côté, peu attirée par son pitch. En revanche, la sortie de son second roman à l'occasion de cette rentrée littéraire m'a interpellée, et j'ai profité de la venue de Carole Martinez aux Mots Doubs (oui, toujours ceux-là !) pour me procurer son "nouveau-né".

Dès les premières pages du roman, j'ai découvert avec surprise que Carole Martinez avait pris pour cadre géographique la vallée de la Loue, et que le domaine des Murmures surplombait sa vallée. Autant dire que ce fut pour moi une belle surprise puisqu'au fil de l'histoire racontée par Carole Martinez, j'ai pu imaginer ma région, de Montfaucon à Hautepierre, en passant bien évidemment par Besançon, le tout à l'époque médiévale. S'il est parfois compliqué d'écrire sur une région ou une ville que l'on ne connaît pas, au risque de décevoir les locaux qui ne s'y reconnaîtront pas, l'atout de Carole Martinez est d'être restée suffisamment évasive pour que les incohérences géographiques éventuelles n'apparaissent pas trop, mais suffisamment précise pour que le lecteur puisse reconstituer un décor réaliste.

Ce premier point écarté, j'avoue que c'est une très jolie découverte que ce deuxième roman de Carole Martinez. Avec beaucoup de talent et de finesse, Carole Martinez nous conte, au premier sens du terme, l'histoire d'une jeune femme un peu rebelle, attachée à la religion comme on peut l'être à l'époque, mais avec quelques prémisses de féminisme. Autour d'elle, plusieurs personnages viendront graviter, des femmes de poigne, n'hésitant pas à tenir le domaine pendant la croisade, héritières d'une lignée, des femmes paysannes, nourricières et piliers de leur famille... Et des hommes, souvent faibles, souvent violents, trouvant bien peu grâce aux yeux du lecteur, si ce n'est le frère d'Esclarmonde, Benoit, personnage muet et mystérieux, ayant lui aussi confié sa vie à Dieu.

Comme tout bon conte, Le domaine des murmures aurait pu commencer par un "Il était une fois", même s'il est loin de se terminer par un "Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants", et se situe tout juste à la frontière entre l'imaginaire et la réalité, Carole Martinez n'hésitant pas à jouer sur le registre du rêve pour insérer dans son histoire une pointe de fantastique, si délicate qu'elle permet à son récit de prendre une tout autre dimension, nous transportant des bords de la Loue au siège de Saint-Jean-d'Acre, le tout depuis une petite cellule qui transforma de nombreuses vies.

Texte © Miss Alfie 2011.
Édition lue : Du domaine des Murmures, Carole Martinez, éditions Gallimard, collection blanche, 2011, 208 pages.