d'autres vies que la mienneEn 2004, Emmanuel Carrère est en vacance en Indonésie lorsque survint le tsunami. Il est alors témoin de la mort de la fille d'un couple de Français récemment rencontré. Quelques mois plus tard, c'est la soeur de sa compagne qui décède d'un cancer. Ces deux morts, à quelques mois d'intervalles, le conduisent à raconter l'histoire de sa belle-soeur et de l'amitié qu'elle entretint avec un collègue juge d'instance.

Les livres, les films, tout ce qui traite de la mort, j'avoue que ce n'est pas ma tasse de thé. La mort, j'ai un problème avec elle, elle m'attriste, elle rend les choses destinées à se finir, forcément, inéluctablement. Elle crée du vide, un manque, et les premières confrontations avec la mort que j'ai connu dans mon enfance et mon adolescence en ont fait une espèce d'ennemi avec qui je n'ai pas réglé mes comptes. Alors embarquer dans un bouquin qui s'ouvre sur deux décès plus qu'émouvants, il faut avouer que c'était un peu risqué... D'ailleurs, je vous avoue que les premières pages ont été difficiles, que j'ai eu besoin de refermer et reposer ce livre souvent au début de ma lecture, histoire d'apaiser le déferlement d'émotion que provoquait cette lecture.

Pourtant, une fois dépassées le récit de ces deux décès, une fois la décision prise par Emmanuel Carrère de raconter l'histoire de Juliette, sa belle-soeur, et de son amitié avec Etienne, tous deux juges, la tristesse laisse place à un sentiment d'apaisement, à un travail de souvenir qui semble honorer la mémoire de Juliette, qui ouvre la voie à un avenir où l'être décédé reste présent mais où sa place vide se comble peu à peu grâce aux souvenirs. C'est aussi l'occasion pour Emmanuel Carrère de nous entraîner dans une (re)découverte d'univers tout aussi variés que l'annonce et la vie avec un handicap, les tribunaux d'instance où se règlent les litiges du quotidien et où le surendettement a droit de cité, ou encore dans une réflexion sur le sens que l'on peut donner à sa vie ou sur la notion de bonheur.

D'Emmanuel Carrère, je n'avais jusqu'à présent rien lu. Bien sûr, dans nos étagères, traine L'adversaire que monsieur a lu il y a quelques temps, mais je n'avais pas franchi le pas de m'y plonger, sans doute du fait d'a priori sans doute un peu stupides... Cette première rencontre avec D'autres vies que la mienne, fait partie de ces rencontres fortes, dont on ne ressort pas complètement indemne, dont on se souviendra sans doute pendant quelques années...

Texte © Miss Alfie 2011.
Édition lue : D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère, éditions Gallimard, collection Folio, 2010, 333 pages.