sorry couvQuatre jeunes gens, Kris et Wolf, deux frères ainsi que Tamara et Frauke, créent à Berlin une agence qui permet à ses clients de s'excuser à la place des autres. L'amoureuse éconduite ou le salarié licencié peuvent ainsi recevoir des excuses de leur ex ou de leur patron. Tout se passe bien jusqu'au jour où ils sont contactés par un individu qui leur demande de s'excuser auprès d'une personne que les jeunes gens retrouvent morte assassinée. Commence alors une longue descente aux enfers pour traquer l'assassin.

Alors voilà, j'étais tombé sur ce bouquin une première fois et la quatrième de couverture m'avait branchée. En la montrant à la Miss, sa moue dubitative m'a fait reposer le livre sur son présentoir. En retombant dessus une seconde fois, la quatrième de couv m'a refait le même effet et comme la Miss n'était pas là, je l'ai finalement acheté. Pour ne laisser aucun suspense, bien m'en a pris. Sorry est une réussite par le très bon assemblage entre l'excellent scénario et la formidable technique d'écriture.

Le scénario est excellent dans la mesure où il entretient un suspense tout au long du livre, où il permet d'échafauder des hypothèses, où les rebondissements arrivent toujours au bon moment et ne remettent pas tout en cause. Le dénouement réserve sa surprise scénaristique habilement dissimulée et dessinée au fur et à mesure du roman. L'histoire amène quant à elle à explorer les sujets du pardon, de la culpabilité mais aussi le sujet beaucoup plus amusant de la pédophilie. Lire un plein chapitre qui décrit par le menu un viol sur mineur est très très déroutant et troublant. Malgré tout, ça n'empêche pas l'histoire d'être d'une rare puissance et de captiver le lecteur.

Ceci dit, un bon scénario n'est rien sans l'écriture et là, j'ai vraiment été bluffé. D'un point de vue purement construction, le livre est divisé en plusieurs parties commencées systématiquement par un chapitre "Après" qu'on situe donc après le gros de l'histoire. Ce court chapitre est narré à la première personne et reste toujours mystérieux sur l'identité du narrateur. Les autres chapitres sont intitulés "Avant" et avec le nom du personnage principal du chapitre. Ils sont rédigés par un narrateur omniscient qui s'adresse au tueur à la seconde personne du singulier en l'appelant sobrement "Toi". C'est assez particulier à lire mais assez jouissif puisqu'on sent que ce narrateur prend un certain plaisir à jouer avec le tueur mais aussi avec le lecteur. Et il est facile de faire un parallèle entre ce narrateur omniscient et ce "je" des courts chapitres intitulés "Après" sans toutefois réussir à créer un rapport concret. Est-ce la même personne ? Pourquoi ce changement de plan ? Bref, plein de questions sur l'identité et le rôle des différents personnages qui font du lecteur plus qu'un spectateur.

Sorry est donc plus qu'un agréable surprise. J'ai un vrai coup de cœur pour ce thriller passionnant. C'est selon moi avec Au-delà du mal une référence du genre. Il y en a sûrement d'autres, j'en ai bien conscience, bande d'andouilles, mais ces deux-là, je les ai lus et ils sont extraordinaires de puissance et de talent.

Texte © Alfie's mec 2011
Edition lue : Sorry, Zoran Drvenkar, traduit de l'allemand par Corinna Gepner, Éditions Sonatine, 2011, 450 pages.