quai des enferUne nuit, la brigade fluviale qui surveille la Seine accoste à une barque amarrée devant le 36 quai des Orfèvres. Dans la barque, un linceul qui recouvre une jeune femme, morte. Dans ses mains, la carte de visite de Camille Beaux, l'un des nez de Paris les plus célèbres, et accessoirement l'un des meilleurs amis du Commandant Desprez qui se charge de l'enquête.

Voilà typiquement un titre que je n'aurai très certainement pas découvert si ma libraire ne me l'avait pas mis entre les mains en me faisant saliver par avance avec une histoire de blanquette de veau à la vanille ! Oui, vous avez bien lu, de la banquette de veau (miam !) à la vanille (miam !), je veux bien croire que ce soit très bon depuis que j'ai eu l'occasion de goûter à du filet de sabre (le poisson, pas l'arme hein !) à la vanille. Autant dire que cette épice se marie avec beaucoup de saveurs...

Bon, allez-vous me dire, très bien, mais pour le cours de gastronomie, on repassera. Ah, mais ce n'est pas aussi simple que ça, chers lecteurs ! Car Quai des enfers est un livre qui vous incite à parler de saveurs, d'odeurs, de sons, de textures, de visions... Car avant d'écrire son premier roman policier, Ingrid Astier avait plutôt l'habitude des livres de cuisine ! Alors si, bien évidemment, elle ne nous offre pas de recettes et n'invente pas une intrigue des plus originales, (encore que...) Quai des enfers est à découvrir à la fois pour la visite de Paris au fil de la Seine que ce livre nous offre, mais aussi pour la lecture de ces sensations si délicatement retransmises.

Bon, côté intrigue, comme je le disais, Ingrid Astier aurait pu faire plus original. Ou disons plutôt que je n'ai pas été plus surprise que ça de la fin, et j'avais déjà ma petite idée sur le meurtrier avant que les flics ne lui mettent la main dessus et restent, eux, surpris de leur coupable ! Il vaut mieux que je dise les choses ainsi en fait. Car je ne voudrai pas faire comme certains dans leurs critiques de ce livre où Astier est accusée des pires maux et son écriture déclarée "insipide"... On serait alors fort loin de mon sentiment puisque j'ai au contraire trouvé dans la plume d'Ingrid Astier un style abordable mais en même temps très travaillé, très précis, justement pour parfaire ses descriptions de tout poil.

Rajoutez par là dessus des personnages atypiques et extrêmement attachants, que ce soit le commandant Desprez marié et père de deux ados, visiblement très loin du flic patibulaire alcoolique et divorcé à tendance dépressive (je ne peux plus les encadrer ceux-là, qu'on se le dise !!!), ou Rémi, le plongeur de la Fluviale, célibataire endurci partageant sa vie entre son chat, ses livres, ses disques, son métier et une passion pour l'Histoire de la Seine et de Paris, et travaillant dans un service méconnu sous l'ombre de sa grande soeur, la Crime, et vous obtiendrez la recette d'un très bon polar...

Et si finalement Quai des enfers était le nouveau livre de la cuisine policière à Paris ?!

A lire pour aller plus loin, deux interviews d'Ingrid Astier, sur Biblosurf et sur K-Libre.

Texte © Miss Alfie 2011.
Édition lue : Quai des enfers, Ingrid Astier, éditions Gallimard, collection Série noire, 2010, 400 pages.