enardEn 1506, Michel-Ange a rejoint sa ville d'origine, Florence. Il y reçoit une invitation du sultan de Constantinople, Bajazet, qui lui propose de venir concevoir un pont sur la Corne d'Or, ce détroit qui sépare les deux parties de la ville. Michel-Ange va embarquer pour le monde Ottoman, pour tenter de réussir là où le grand Léonard de Vinci a échoué.

Couronné par le prix Goncourt de lycéens en 2010, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants m'a laissé sur ma faim... Je dois dire que si ce titre fut pour certains lecteurs un véritable coup de coeur, j'ai dû passer à côté de la magie du livre. Peut-être aussi avais-je, lors de ma lecture, envie ou besoin de quelque chose de plus rythmé, et dans ce cas, je peut tout à fait expliquer ce sentiment mitigé que je garde une fois refermé ce court roman...

Avec son cinquième roman, Mathias Enard nous embarque pour un voyage dans le temps et dans l'espace : direction le seizième siècle et un bassin méditerranéen en pleine mutation. On suit la trace de Michel-Ange, célèbre artiste de la Renaissance connu pour ses sculptures et pour, notamment, le plafond de la chapelle Sixtine qu'il réalisa de 1508 à 1512, de Florence à Constantinople, qui ne s'appelle pas encore Istanbul et où juifs et arabes refusant de se convertir au catholicisme et chassés d'Espagne se sont réfugiés. C'est donc un monde cosmopolite, navigant entre les trois religions monothéistes que cotoie Michel-Ange pendant quelques mois. Et c'est là l'intérêt principal de ce roman. Cette dimension historique est celle qui m'a le plus intéressée, me poussant à poursuivre cette courte lecture malgré quelques soupirs au fil des pages...

Des soupirs que je lie à la fois au manque d'action (la seule action requérant un tant soit peu de suspense intervient à quelques pages de la fin de l'histoire, et apparaît de manière aussi détachée que les listes faites par Michel-Ange et dont Mathias Enard nous livre le contenu...) et au style de l'auteur dans lequel j'ai eu beaucoup de mal à rentrer... Mathias Enard nous propose une prose emprunte de poésie, mais parfois tellement poétique qu'elle en devient trop imagée et par moment complexe à comprendre à la première lecture... Écrit à partir d'éléments historiques, j'aurai cependant aimé que Parle-nous de batailles, de rois et d'éléphants brode un peu plus, nous embarque dans une fresque historique, nous parle plus longuement de cette danseuse mystérieuse, de batailles aux côtes de Jules II ou de Bajazet, des tavernes qui servent de refuge à Mesihi, de ces juifs enfuis d'Espagne où les rois catholiques ne permettaient aucun autre culte... Mais peut-être attendais-je trop...

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants reste cependant un beau roman pour qui recherche une lecture lente, descriptive et cependant exotique, qui permet de découvrir un artiste connu de nom et par son oeuvre mais dont, pour ma part, je ne connaissais aucunement la vie ou le caractère.

Une petite immersion au coeur des pages ?

"En peinture comme en architecture, l'oeuvre de Michelangelo Buonarroti devra beaucoup à Istanbul. Son regard est transformé par la ville et l'altérité ; des scènes, des couleurs, des formes imprégneront son travail pour le reste de sa vie. La coupole de Saint-Pierre s'inspire de Sainte-Sophie et de la mosquée de Bayazid ; la bibliothèque des Médicis de celle du sultan, qu'il fréquente avec Manuel ; les statues de la chapelle des Médicis et même le Moïse pour Jules II portent l'empreinte des attitudes et de personnages qu'il a rencontré ici, à Constantinople." (p. 91)

Petit_bac
Roman lu dans le cadre du Challenge Petit Bac organisé par Enna, catégorie "Animal".

Texte © Miss Alfie 2011, sauf citations.
Edition lue : Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, Mathias Enard, éditions Actes sud, 2010, 153 pages.