1280 amesPierre de Gondol est le propriétaire de la plus petite librairie de Paris, une distinction comme une autre. C'est aussi un amateur de littérature quasiment incollable et adepte des défis. Lorsqu'un inconnu débarque et lui demande de retrouver les 5 âmes supprimées lors de la traduction en français de Pop 1280 de Jim Thompson, l'occasion est trop belle de tenter de résoudre un des mystères littéraires du 20e siècle.

Alors que ce court roman végétait dans ma PAL depuis quelques années, j'ai saisi l'occasion d'une matinée tranquille pour découvrir moi aussi qui étaient ces cinq âmes supprimées de la version française d'un bouquin a priori assez célèbre, tant par son histoire et son auteur que parce qu'il s'agit du numéro 1000 de la Série Noire... Enfin, connu, mais pas par moi je dois le dire... Mais comme je réalise un peu plus chaque jour que malgré les 3 à 4 bouquins que j'enquille par semaine, ma culture littéraire reste désespérément maigre, voilà un auteur (Thompson, pas Pouy, dont je vous ai déjà causé, si vous suivez un peu !) de plus à mon répertoire des inconnus !

Bref, pour en revenir au sujet, et donc à ce bouquin de Jean-Bernard Pouy, accessoirement premier titre mettant en scène Pierre de Gondol, personnage réutilisé par d'autres auteurs, à l'image du Poulpe (créé aussi par Pouy, quel créateur, et dont je vous causerai dans quelques temps), j'avoue que je n'ai pas été pleinement emballée... Encore un roman court qui n'aura pas su me convaincre... Pourtant, le début était plutôt prometteur, bourré de références littéraires, de citations et de réparties qui démontrent une grande connaissance des Lettres de l'auteur. Et puis ces quelques bribes d'idées lancées autour du concept de traduction, du respect plus ou moins grand du texte original par les traducteurs me laissait présager de quelque chose d'intéressant...

Disons que jusqu'à ce que Gondol s'embarque pour les USA, j'ai globalement accroché au texte, cherchant avec lui dans les extraits de Pop 1280 et dans sa traduction, 1275 âmes, où avaient bien pu se cacher les cinq personnages manquants. Une fois rendu sur le sol américain, je vous préviens d'avance : on quitte l'enquête littéraire pour embarquer dans un pseudo road-movie à l'américaine, avec son lot de clichés, de motels, de restaurants où l'on mange des parts de tartes avec un café servi à la cafetière et de lignes droites que le conducteur d'une grosse américaine s'enquille sous un soleil de plomb... Sauf que bon, les raod-movies américains, les grand espaces et les lignes droites, je ne suis pas une adepte, et j'avoue que là, j'ai sérieusement commencé à regarder le nombre de pages qu'il me restait, voulant malgré tout découvrir le fin mot de ces disparitions, mais juste parce que le roman n'était pas trop long !

1280 âmes, s'il ne m'a pas convaincu dans son intrigue, démontre malgré tout un style narratif spécifique à Pouy qui m'invite à aller fouiner dans les rayons de la librairie pour dénicher un titre qui saura m'embarquer dans une histoire noire comme il a la réputation d'en produire.

Une petite immersion au coeur des pages ?

"Les bons livres qui disparaissent peu à peu de la mémoire active des hommes comptent sur des gens comme moi pour être toujours présents sur les rayonnages. Quand ils y sont, au chaud, la tranche offerte, ils trouvent toujours un amant de passage." (p. 23)

Texte © Miss Alfie 2011, sauf citations.
Edition lue : 1280 âmes, Jean-Bernard Pouy, éditions du Seuil, collection Points, 2002, 167 pages.