VerdictJoel Derevaux est un jeune avocat promis à un bel avenir dans un cabinet réputé d'avocats d'affaire à New-York. Le jour où l'une de ses collaboratrices est retrouvée morte à la suite d'une overdose, la carrière de Joel est brisée net et le jeune homme doit repartir à zéro, quittant l'ambiance richissime du cabinet pour un poste d'avocat commis d'office. Quelques mois après ses débuts, son boss lui propose de travailler avec Myra Goldstein, une autre avocate, sur une affaire délicate : un jeune homme blanc a été abattu un soir dans une cité de la ville, le suspect principal est un jeune black, Lorenzo Tate.

Après avoir lâchement abandonné Le pendule de Foucault d'Umberto Eco au bout d'une vingtaine de pages sans avoir compris un traître mot de ce que je lisais, j'ai piqué ce bouquin que monsieur avait acheté il y a quelques mois, ayant envie de quelques chose de carré, précis et juridique. Oui, n'allez pas chercher, parfois je suis un peu bizarre... Mais en tout cas, je dois reconnaître que je ne me suis pas trompée !

Dans ce premier roman, Justin Peacock nous entraîne à la suite d'une jeune avocat qui se trouve confronté pour la première fois à des situations concrètes... Et oui, car Joel, du temps de son travail chez Walker Bentley Ferguson & Dunlop, était plus l'une de ses petites mains qui rassemblent des preuves, étudient la jurisprudence et facturent des heures supplémentaires à leurs clients qu'un avocat allant plaider la cause de ses clients tous les jours au tribunal ! Verdict semble, pour son auteur, l'occasion de mettre en perspective des avocats travaillant dans de gros cabinets, rémunérés au temps de travail, et des avocats "au grand coeur", commis d'office, parmi lesquels on trouve à la fois des gens ayant fait le choix de défendre tout à chacun même pour des sommes dérisoires mais aussi des mauvais avocats n'ayant pas trouvé de postes dans les prestigieux cabinets cités plus haut et n'ayant guère de considération pour les hommes et les femmes qu'ils doivent défendre.

L'intérêt principal de ce roman réside dans la précision quasi chirurgicale avec laquelle Justin Peacock nous propose la vision de Joel. Verdict se découpe en trois parties distinctes. Dans la première, on fait connaissance avec les personnages principaux. Puis, on suit Joel et Myra dans leurs recherches et dans l'élaboration de la défense de Lorenzo Tate, avant, enfin, d'assister au procès de Lorenzo. Au fil des pages et des étapes, on ne pourra reprocher à l'auteur un manque de détails, certains passages m'ont d'ailleurs fait sourire : on sent que ce bouquin est écrit par un avocat !

Verdict est un bon roman judiciaire, qui nous montre que ce n'est pas la vérité qui compte dans les procès, mais la manière donc on présente une version des faits plausibles. Il rappelle qu'un avocat est là pour défendre son client, même s'il ne cautionne pas ses actes ou ne croit pas à son innocence. Il est là pour adapter la réalité quand la vérité ne peut se faire jour, pour obtenir une victoire.

Avec ses faux air de Grisham, Justin Peacock signe un premier roman ancré sans son époque et sans concession pour le monde des avocats.

Edit de 7h45 : Je tiens à préciser que cet article a été rédigé il y a quelques jours déjà. Pourtant, ce matin, en écoutant les infos qui ne parlent que de "l'affaire DSK" et des particularités de la Justice américaine, je ne peux m'empêcher de constater que cette lecture peut être très intéressante pour qui voudrait comprendre le système judiciaire américain et avoir un aperçu du type de procédure, de défense et de jugement auquel pourrait être confronté le président du FMI.

Une petite immersion au coeur des pages ?

"Qu'une chose soit vraie ou non, c'est sans rapport avec le but que nous recherchons. La seule chose qui compte, c'est de savoir si c'est convaincant ou non." (p. 91)
" Pour la première fois, je voyais Chris clairement pour ce qu'il était : un individu qui n'était pas différent de moi, à ceci près que, chez lui, la chance avait tournée, encore plus que chez moi. Il était ce à quoi j'avais échappé de justesse. L'aversion primaire qu'il m'inspirait avait toujours eu ses origines dans nos similitudes, évidemment, mais à cet instant je compris que mon dédain était une forme de haine de soi, une manière de me juger pour des défauts identiques." (p. 217)
"On doit partir en guerre, mais cela reste toujours la bataille de quelqu'un d'autre. Qu'on perde ou qu'on gagne, on survivra toujours pour livrer d'autres combats. On est dans la guerre, mais c'est pas la nôtre." (p. 315)

A lire aussi :
Liza Lou lui attribue un 3,5 sur 5 : "Si Verdict accuse quelques longueurs qui en altère un peu la qualité, il n'en demeure pas moins que c'est un thriller détaillant avec une précision rare le milieu judiciaire et ses dérives."
Le bac à livres n'a pas retrouvé les travers qu'elle craignait : "Malgré les très bonnes critiques sur ce livre, j'avais peur que l'histoire d'un procès soit un peu longue et ennuyeuse...on en est très loin!!"
Pikkendorf vous en dira plus sur les points communes et différences entre Peacock et Grisham : "Justin Peacock nous fait entrer dans un univers plus réaliste que celui de John Grisham."
D'autres avis chez Bob, évidemment !

Texte © Miss Alfie 2011, sauf citations.
Edition lue : Verdict, Justin Peacock, traduit de l'américain par Johan-Frédérik Hel Guedj, éditions Sonatine, 2010, 370 pages.