LDScouv31 mars 1918. Paris est bombardé par l'armée Allemande à l'aide d'une arme révolutionnaire, un canon longue portée stationné à Compiègne. Un obus tombe et fait un mort dans un square parisien. L'histoire commence alors 24 heures plus tôt. Un jeune soldat en permission, une institutrice, un imprimeur, un député et son frère comédien, un général à la retraite et un journaliste militaire se retrouvent impliqués dans une machination dont la chute de l'obus ne fera que précipiter le dénouement et l'éclatement de l'obus certes, mais aussi de la vérité.

C'est la guerre. "Le spectacle est apocalyptique. Les sirènes hurlent, les avions Messerschmitt (peints à la main par Georges Marchais) crachent le fer et le feu sur la départementale (bonjour d'Alfred (l'est drôle, celle-là...), les chats miaulent, les chient aboient, les caravanes passent, les moutons paissent, les sauts de puces et les vaches qui pissent" (1). Euh non, en fait, on me signale que je dois parler de la Première Guerre Mondiale, pas de la Deuxième (je ne dis pas Seconde puisque la Troisième Guerre Mondiale approche, couvrez-vous bien). Après tout, je vous ai fait une superbe chronique sur "avant la guerre", une magnifique chronique, hier, sur "après la guerre", il ne manquait plus qu'une chronique sur "pendant la guerre". Malheureusement pour vous, et je vois déjà la tristesse poindre sur vos visages et une larme couler le long de votre joue rosie par l'émotion, cette chronique ne parlera pas de vélo. Juste de guerre. De combats dans des tranchées (d'Arenberg ?), de sang, d'explosion, de soldats et tout le toutim. Comme disait l'autre, cette bande dessinée chorale n'a rien d'autre à vous offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. 

LDS1Le sang, c'est facile, c'est celui de la guerre. Il coule. Beaucoup. Surtout dans les premières pages du premier tome que les auteurs ont volontairement nommé Acte I puisqu'il s'agit d'un "drame en deux actes". Les dessins sont bruts, directs, sans concession. Les tranchées sont dures à voir mais au moins, le décor est planté. Les larmes, vous les gardez pour la fin qui n'est pas des plus gaies même si la vérité éclate (comme l'obus, oui, tout à fait, mais j'ai déjà fait la blague dans le pitch de la chronique). Quelle vérité ? Bah, ça, ma bonne dame, je vais pas vous la dire, ce serait gâcher. La peine et la sueur, ce sera essentiellement pour le premier tome. Parce qu'en terme d'hisoire chorale, ça se pose là. Concrètement, le scénario saute de personnage en personnage, parfois d'une case sur l'autre. C'est conceptuel, c'est original, c'est intéressant mais ça demande quand même une certaine attention pour suivre. Le second tome, plus linéaire puisqu'il déroule le pourquoi du comment de l'histoire est moins sujet à ces incessantes variations.

Parlons-en, des personnages. Tous différents, chacun leurs caractéristiques, leurs points forts, leurs points faibles. Sur cet aspect, les auteurs ont réussi leur entreprise. De plus, hormis un personnage que je trouve largement facultatif pour l'histoire, tous ont leur importance dans le scénario. Les dessins, enfin, restent corrects. Si certains détails sur les personnages sont parfois moyens (je pense en particulier aux lèvres du député et celles de son frère, c'est les mêmes, c'est normal ou presque puisqu'ils sont frères, tout à fait), les décors et les paysages de ville ou de guerre sont franchement réussis. Bref, mes enfants, les auteurs de cette histoire ont réussi, en deux tomes, à créer des personnages, faire une histoire et un scénario cohérent et à captiver le lecteur. C'est rien de moins que ce qu'on demande et c'est donc très bien.

Texte © Guigzz 2011 (sauf (1), Pierre Desproges, "Réquisitoire contre Gérard Vié")
Edition lue :  Un long destin de sang, Bollée - Bedouel, éditions 12bis, 2010 et 2011, 56 et 54 pages.