les_visagesLorsque l'homme de confiance de son père l'appelle pour lui faire part d'une découverte étonnante dans un appartement construit par la société familiale, Etan Muller, galeriste à New York, est loin d'imaginer trouver une oeuvre d'art étonnantes : des milliers de feuilles à assembler pour découvrir la carte d'un monde imaginaire... Et au milieu de cette carte, cinq portraits d'enfants. Lorsque la presse s'empare de la découverte, un flic à la retraite contacte Etan : les portraits qu'il a trouvé sont ceux d'enfants tués dont on n'a jamais retrouvé le meurtrier. Commence pour Etan une enquête loin de son monde habituel.

Lorsqu'on a attendu près d'un an pour lire un bouquin, quand on l'ouvre enfin, on sait pertinemment que la découverte peut s'avérer tout aussi fantastique que décevante... Et parfois même d'autant plus décevante qu'on aura lu sur le web pendant cette année d'attente moult avis enthousiasmés. Il convient alors dans ce cas de rester neutre, de raison garder, et d'ouvrir le livre en tentant d'oublier tout ce qu'on a lu de fantastique et de grandiose sur ce roman.

C'est ce que j'ai tenté de faire en ouvrant Les visages, premier roman traduit en français de Jesse Kellerman, lui même fils de Faye et Jonathan Kellerman, écrivains de romans policiers. Mais Dieu que c'est difficile de faire abstraction de toutes les remarques que l'on a pu lire, de ces points que certains soulignent comme des défauts quand les autres les considèrent comme l'atout majeur du livre ! Mais bon, je dois dire que je n'étais pas mécontente de savoir à l'avance qu'il ne fallait pas que je m'attende à un thriller où les rebondissements s'enchaineraient et où les meurtres seraient uniquement au centre de l'affaire.

Avec ce roman, Jesse Kellerman nous entraîne dans les pas d'une jeune galeriste new-yorkais, issu d'une famille richissime, dont nous découvrirons d'aileurs l'histoire au fur et à mesure de chapitres "Interlude" au cours desquels nous quitterons Etan et la narration à la première personne pour découvrir le fondateur de la famille et ses descendants. Grâce à Etan, Jesse Kellerman nous introduit au coeur du monde de l'art, nous faisant côtoyer quelques richissimes collectionneurs aux goûts aussi démesurés que le nombre de zéros des chèques qu'ils signent pour acquérir la dernière oeuvre à la mode. Car autant vous le dire, Les visages est un roman auquel il reste difficile d'attribuer uniquement le qualificatif de thriller...

Dans un thriller, dans un roman policier, certes il y a des morts, des tueurs et des enquêteurs, mais il y a aussi du suspense, de l'attente, des rebondissements et des course-poursuites... Enfin, dans les polars que j'aime en tout cas ! Bon, parfois il y a un Hercule Poirot ou une Miss Marple, et point de fusillades ou de sirènes hurlantes, et ça reste un roman policier... Mais quand même, là encore, les morts ou les disparus sont le centre essentiel de l'intrigue. Les visages se démarque en cela qu'on va chercher avec Etan à découvrir qui est le meurtrier de ces enfants, mais on va aussi chercher à retrouver l'auteur des dessins, quitte à ce que ce soit le même homme, quand on ne sera pas en train de découvrir l'histoire de la famille d'Etan. En ça, j'ai presque envie de dire qu'il s'agit d'un roman que je conseillerai bien à vous, lecteurs que les polars n'intéressent pas trop, qui sont vite largués dans ces bains d'hémoglobine, et qui apprécient la lenteur contemplative de certains auteurs contemporains.

Récompensé par le Grand Prix des lectrices de Elle en 2010, Les visages mérite largement sa récompense grâce à l'originalité de son histoire et du traitement de l'intrigue, nous offrant un récit familial passionnant.

Une petite immersion au milieu des pages ?

"Nous n'avons chacun qu'une histoire à raconter et nous devons le faire comme ça nous vient naturellement. Je ne porte pas de flingue ; je ne suis pas coutumier des bagarres ou des courses-poursuites en voiture. Tout ce que je peux faire, c'est dire la vérité, et, en vérité, je suis peut-être bien un sale con prétentieux. Peu importe. Je n'en mourrai pas." (p. 12)
"Je voulais bien concéder à Marilyn son objection fondamentale : l'art de Victor Cracke n'entrait dans aucune catégorie claire, ce qui rendait d'autant plus cruciale ma responsabilité dans son succès.. Ou son échec. Le talent et la créativité d'un galeriste résident en partie dans sa capacité à entourer une oeuvre du contexte approprié. Les gens aiment pouvoir parler de leurs acquisitions à leurs amis, avoir l'air de s'y connaître. Ainsi peuvent-ils se justifier d'avoir claqué un demi-million de dollars pour un gribouillage et des bouts de ficelle." (p. 71)
"Je sais que c'est cliché de fuir les personnes qui vous aiment, et tout aussi cliché de vouloir ce que vous ne pouvez pas avoir, mais pour moi ces réactions étaient parfaitement inédites. Je n'avais jamais eu envie de fuir Marilyn. Pourquoi l'aurais-je fait ? Elle me laissait toute la latitude dont un homme peut rêver. Seules ses récentes démonstrations d'affection m'avaient oppressé. Et je n'avais jamais non plus désiré une femme inaccessible, principalement parce que aucune femme n'avait jamais été inaccessible pour moi, en tout cas pas vraiment." (p. 248)

A lire aussi :
Impossible de vous lister tous les avis, sinon on y passe le mois, mais allez malgré tout lire l'avis très intéressant d'Amanda Meyre qui conclut sur le fait qu'il s'agit d'"Un bon roman, servi par une intrigue particulièrement captivante et une plume saisissante qui maintient le lecteur en haleine."
Ys résume assez bien l'idée du livre : "Au final, l’important n’est plus qui a tué les enfants, même si on finit par avoir la réponse, mais bien comment cette famille s’est construite et combien il y a de squelettes dans le placard. Et c’est tout à fait passionnant."
Notons quand même un avis moins enthousiaste avec Audrey qui a lu "500 pages lentes, monotones, aux descriptions certes chirurgicales et réalistes mais absolument pas génératrices d’émotions, quelles qu’elles soient."
Enfin, pour d'autres avis, rendez-vous chez Bob !

Texte © Miss Alfie 2011, sauf citations.
Edition lue : Les visages, Jesse Kellerman, traduit de l'américain par Julie Sibony, éditions Points, collection Points Thriller, 2011, 474 pages.