fen_tre_panoramique1955, dans les Etats-Unis de l'après-guerre. April et Franck Wheeler sont mariés et parents de deux enfants. Quelques années plus tôt, ils ont quitté New York pour s'installer dans une maison du Connecticut. Franck part travailler tous les jours en train pour New York où il passe ses journées au sein d'un service chargé de la communication dans une firme de machines électroniques. Pendant ce temps, April reste à la maison, s'occupe des enfants et s'affaire en bonne ménagère. Un tableau idyllique, peut-être trop, dont les bords vont rapidement commencer à s'écailler pour laisser voir une réalité plus morose.

Qu'on se le dise, l'adaptation récente au cinéma de ce roman de Richard Yates publié aux Etats-Unis en 1961, et en France en 1962, n'est sûrement pas pour rien dans l'engouement que l'on constate sur les blogs pour ce roman, pur témoin d'une période et d'une société américaine encore rêvée alors. Après l'avoir repéré sur plusieurs blogs, je pense qu'il serait cependant resté un bon bout de temps dans ma PAL si l'idée d'une lecture commune ne s'était pas installée dans mon esprit avec George (qui aura finalement remis à plus tard la publication de son billet, pour cause d'attaque de grippe féroce la semaine passée !).

La fenêtre panoramique est, comme je le disais précédemment, le reflet du miroir que Richard Yates pose sur la société américaine de l'après-guerre. Il nous livre une société pétrie d'idéaux et de conformisme, où les rêves les plus fous semblent embourbés dans un quotidien propret et gentillet, où l'on fait semblant, où l'on se dit amis, où l'on se reçoit pour mieux se critiquer ensuite. C'est ainsi que les Wheeler apparaissent régulièrement comme supérieurs aux autres, du moins le pensent-ils... Et même leurs proches voisins, que l'on pourrait qualifier d'amis, à qui ils confient régulièrement leurs enfants, en font les frais.

Au fur et à mesure de ma lecture, oscillant entre les périodes de lassitude devant tant d'illusions et de suffisance et les périodes d'engouement, devenant aussi voyeuse que tous ces personnages qui s'épient à travers les fenêtres de leurs pavillons, je me suis malgré tout rendue compte qu'il s'agissait là d'un récit d'homme. Les personnages que nous suivons sont globalement tous des hommes, à la seule exception de madame Givings, seule femme par ailleurs à occuper une activité professionnelle... Oui, car les femmes semblent finalement inexistantes dans cette société, tout juste bonnes à s'occuper de leur foyer et à faire des enfants. Comme si le seul moyen de se réaliser pour April était la maternité...

Si Franck m'a régulièrement agacé, avec ses manière d'homme supérieur se prenant pour plus intelligent qu'il ne l'ai réellement, April, elle, m'a beaucoup interpellée. On ne la suit quasiment qu'à travers les yeux de son mari, de ses voisins, et la seule période où elle devient l'héroïne centrale du roman arrive à la fin. April, qui semble épanouie dans sa vie de femme au foyer, m'est finalement apparu au fil des pages comme une femme ne sachant éprouver aucune émotion, retranchée derrière des illusions, retranchée derrière la fenêtre panoramique de sa maison, rêvant d'une autre vie, allant même jusqu'à la proposer et à commencer à la mettre en place, jusqu'à ce que les conventions de la société ne la rattrapent...

Bref, une lecture en demi-teinte au fil des pages, mais qui finalement s'avère excellente lorsque l'on y repense, faisant s'interroger sur sa propre façon de vivre, sur son propre rêves et ses propres illusions, en espérant plus que tout ne pas s'écraser dans le mur comme April et Franck.

Une petite immersion au milieu des pages ?

""Je pense que l'histoire de mes rapports avec mon père, à elle seule, vaudrait un gros livre ; et je ne parle pas de ma mère. Jésus, quel nid de névrosés nous devions être !" Mais tout de même, dans des moments de solitude difficile comme ceux qu'il traversait actuellement, il était content de pouvoir glaner quelques vestiges d'une affection filiale sincère." (p. 62)

"Je me souviens de t'avoir regardé et de m'être dit : "Mon Dieu, si seulement il s'arrêtait de parler !" Parce que toutes tes phrases étaient basées sur ce grand postulat que tu as fait rien, à savoir que nous sommes des gens très à part, très supérieurs, et j'avais envie de crier : "Mais non ! Regarde-nous ! Nous sommes exactement comme les gens dont tu parles ! Nous sommes les gens dont tu parles !"" (p. 174)

"Oubliez ce que j'ai dit. Vous avez envie de vous offrir une très jolie maison, une maison tout à fait charmante, alors il faut que vous acceptiez une situation que vous n'aimez pas. Parfait. C'est la façon dont raisonnent 98,9% des gens ; aussi vous auriez bien tort de vous en excuser." (p. 292)

A lire aussi :
Nathalia a lu ce livre avec moi.

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Roman lu pour le Challenge Petit Bac organisé par Enna, catégorie "Objet"

Texte © Miss Alfie 2011, sauf citations.
Edition lue :La fenêtre panoramique, Richard Yates, traduit de l'anglais américain par Robert Latour, éditions Robert Laffont, collection Bibliothèque Pavillons, 2005, 528 pages.