dbprlcLe commissaire Gradenne, assisté du lieutenant Bruchet, de la Police Judiciaire de Paris sont missionnés pour enquêter sur la mort d'un directeur d'une usine de fabrication d'éléments bois située dans le massif jurassien. Les gendarmes locaux avaient conclu à un accident mais le juge d'instruction veut des infos complémentaires... Le commissaire accablé par une grippe, l'enquête est menée par le lieutenant qui découvre que derrière l'accident se cache en réalité un meurtre. Reste à savoir qui a tué ce directeur d'usine que tous ses collaborateurs ou presque détestaient...

J'ai entendu parler de ce livre sur RTL dans l'émission culturelle matinale. Le chroniqueur vantait les mérites de ce livre de poche qui venait d'obtenir le prix du Quai des Orfèvres et qui situait son action dans la fabuleuse région de Franche-Comté. Alors je l'ai acheté. Et je l'ai lu. Bien mal m'en a pris...

1. C'est écrit avec les pieds.
L'auteur est ingénieur dans l'industrie de transformation du bois. Pourquoi a-t-il voulu chercher une reconversion qui ne lui tend manifestement pas les bras ? Le niveau d'écriture est proche de celui d'un collégien de 5è, le vocabulaire en plus. Les dialogues sont affligeants de naïveté. Personne ne formule des phrases telles qu'elles sont écrites. C'est d'autant plus navrant que l'essentiel du roman est constitué de dialogues. Les descriptions sont rares et faméliques, ne tenant pour la majorité que dans une phrase ou deux.

2. Le scénario est invraisemblable.

Un mec retrouvé écrasé par une presse et dont la tête et les mains n'étaient qu'une infâme bouillie. A posteriori, je me demande comment j'ai pas été assez futé pour voir la ficelle, que dis-je, le cordage qui tient l'intrigue et le dénouement navrant. L'enquête avance à pas convenus, les indices arrivant au fur et à mesure, distillés et annoncés avec trompettes. Je me demande également comment des flics, des vrais, qui ont attribué leur prix à ce roman, n'ont pas tiqué devant la foule d'invraisemblances, d'incohérences dans l'enquête même. Le flic qui détient une info essentielle et qui la distille à tous les suspects en leur faisant promettre de pas la répéter. Le même policier qui, sur une intuition géniale, part tout seul arrêter le coupable. Je veux bien croire que, dans d'autres polars, il y ait des invraisemblances mais je ne les détecte pas alors qu'ici, c'est tellement flagrant que ça ruine toute l'histoire.

3. Rien n'est travaillé dans l'ambiance.
Que ce soit les personnages, principaux ou secondaires, l'environnement ou l'atmosphère, on a à faire avec des éléments trop souvent pas travaillés. Les employés se ressemblent tous plus ou moins et les flics sont des gentils flics sans défaut et surtout sans histoire puisqu'on ne sait strictement rien d'eux. Faire une histoire dans le Jura sur un fond d'usine de transformation du bois, pourquoi pas. Mais, si c'est pour juste nous donner des infos techniques sur la transformation du bois et balancer les mots "savagnin", "saucisse de Morteau" et "Vin Jaune" à droite à gauche, aucun intérêt. L'usine factice est située quelque part aux confins du Doubs ou du Jura mais le lieu n'a en fait aucun intérêt. Ca pourrait se passer en Bretagne qu'on aurait parlé de galettes et de cidre. J'aurais voulu que l'auteur me décrive les montagnes du Haut-Jura, les forêts sombres et denses dans lesquelles il peut se passer beaucoup plus de choses qu'une vague poursuite... en ski de fond, bref, qu'il fasse de la région un vrai personnage comme elle l'est dans le Serment des Limbes, quand bien même il y ait des erreurs géographiques dans l'ouvrage de Grangé.

4. Conclusion

Du bois pour les cercueils est donc un fort mauvais roman policier qui ne mérite absolument pas une quelconque récompense. Tout y est superficiel, fondamentalement très mal écrit et scénaristiquement très très léger. A se demander donc si les policiers qui ont élu ce roman savent lire ou ont un quelconque goût pour les polars bien ficelés.

Texte © Guigzz 2010.
Edition lue : Du bois pour les cercueils, Claude Ragon, éditions Fayard, collection Policier, 2010, 368 pages.