Matt_o1Matt_o2Fils d'immigrés espagnols, Mattéo échappe à la mobilisation générale lorsque la guerre éclate en août 1914. Resté à Collioure, il supporte de moins en moins le regard de la belle Juliette qui semble lui reprocher de ne pas être parti au front. Pour gagner le cœur de la belle, Mattéo s'engage et va découvrir les tranchés boueuses du nord de la France. Blessé, il déserte pendant sa permission et vivra la dernière année de la guerre au milieu de la révolution russe à Petrograd.

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler d'une série de l'un de mes dessinateurs préférés. Bon, avant toute chose, il faut savoir que pendant une bonne vingtaine d'années, le monde de la bande dessinée s'est limité pour moi aux aventures de Tintin, et à celle du petit Gaulois le plus célèbre, j'ai nommé Astérix. Et puis un jour, à peu près en même temps, j'ai découvert deux dessinateurs que je ne quitte pas depuis : Loisel et Gibrat. Loisel, on y reviendra une autre fois. Aujourd'hui, c'est de Jean-Pierre Gibrat et de sa série Mattéo que je souhaite vous parler.

Matt_o3Matt_o6Après Le sursis et Le vol du corbeaux, deux diptyques qui nous entrainaient au cœur de la seconde guerre mondiale, Gibrat propose aujourd'hui une série qui devrait, si j'en crois les interviews données au moment de la sortie du premier tome il y a deux ans, se composer de quatre volumes et nous brosser le destin d'un jeune homme de la première guerre mondiale aux années quarante. A ce jour, deux tomes sont sortis, le dernier étant arrivé en librairie le 21 octobre, donc tout récemment. On peut donc imaginer que les deux prochains se feront autant attendre, mon libraire es BD m'ayant confié que l'auteur dessinait assez lentement et prenait son temps pour produire ses ouvrages. A noter que Gibrat signe à la fois le dessin et le scénario.

Commençons par ce avec quoi je suis le plus à l'aise, à savoir le scénario. On y trouve un jeune homme amoureux d'une jeune femme qui hésite entre deux, base assez classique dirons-nous. L'intérêt réel de la série apparait lorsque l'on commence à entrer dans les réflexions de Mattéo : fils d'un espagnol anarchique qui a fuis l'Espagne, il échappe à la mobilisation, mais finit par s'engager avant d'être dégoûté par la boucherie générale... Déserteur, il prend en 1917 la route de la Russie où ses idéaux politiques vont être interpellés... Derrière un scénario tout en précision historique, on découvre donc une réflexion sur les révolutions, les guerres, la politique et ses idéaux...

Matt_o4Matt_o5Côté dessin maintenant, ce dont j'aurai le plus de mal à vous parler, ce que j'ai le sentiment de ne pouvoir exprimer qu'en vous disant que le trait de Gibrat est doux, délicat, que ses femmes sont toutes plus ou moins sœurs, qu'elles dégagent une espièglerie et une sensualité que même moi, femme, je ne peux m'empêcher de constater. Même lorsqu'il dessine la guerre ou les combat dans Petrograd, le trait est délicat et semble atténuer la violence de la mort... Un trait très précis aussi qui nous fait voyager dans cette ville russe avec beaucoup de talent.

Après deux volumes, je ne peux qu'attendre avec plaisir les deux autres prévus à l'origine... Il ne reste plus qu'à prendre son mal en patience et attendre très certainement une à deux années pour profiter de la suite des aventures de ce jeune et beau ténébreux !

Information de dernière minute : Selon les éditions Futuropolis, la série serait désormais prévue en cinq tomes et non en quatre !

Texte © Miss Alfie 2010.
Images Mattéo, Jean-Pierre Gibrat, Éditions Futuropolis (2008-2010).